Je vais mourir cette nuit
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Résumé
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«LA PIRE DES ANGOISSES, LE PIRE... CONCEPT RELATIF.»
Je me suis suicidé il y a seize ans. C'est un laps de temps plus que suffisant pour que vous m'ayez oublié, Delmar, ou tout au moins pour que se soit estompée la précision de vos souvenirs. Avant toute chose j'aimerais me présenter convenablement, c'est pourquoi je vais vous demander de faire un effort, d'obliger votre esprit à surmonter l'ivresse - parce que vous êtes ivre, n'est ce pas ?, ivre comme toujours- et de revenir vingt ans en arrière, jusqu'aux derniers...
Je me suis suicidé il y a seize ans. C'est un laps de temps plus que suffisant pour que vous m'ayez oublié, Delmar, ou tout au moins pour que se soit estompée la précision de vos souvenirs. Avant toute chose j'aimerais me présenter convenablement, c'est pourquoi je vais vous demander de faire un effort, d'obliger votre esprit à surmonter l'ivresse - parce que vous êtes ivre, n'est ce pas ?, ivre comme toujours- et de revenir vingt ans en arrière, jusqu'aux derniers...
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Je vais mourir cette nuit
Résumé
«LA PIRE DES ANGOISSES, LE PIRE... CONCEPT RELATIF.»
Je me suis suicidé il y a seize ans. C'est un laps de temps plus que suffisant pour que vous m'ayez oublié, Delmar, ou tout au moins pour que se soit estompée la précision de vos souvenirs. Avant toute chose j'aimerais me présenter convenablement, c'est pourquoi je vais vous demander de faire un effort, d'obliger votre esprit à surmonter l'ivresse - parce que vous êtes ivre, n'est ce pas ?, ivre comme toujours- et de revenir vingt ans en arrière, jusqu'aux derniers jours de 1970, alors que vous étiez un jeune et brillant commissaire de police, le plus décoré de la ville et aussi le plus content de lui-même et de son inébranlable brutalité, le plus fier de ses succès, et même le préféré de la presse du coeur, qvii plus d'une fois vous a élu comme l'idéal de séduction masculine, quoiqu'en ce qui me concerne, votre propension à imiter les détectives du grand écran m'ait toujours semblé ridicule. À cette époque on vous a affecté, pour notre plus grand malheur, le vôtre et le mien, sur le secteur où j'exerçais mes activités...
Ni en 1958, à Bilbao, Fernando Marias a étudié le cinéma à l'Université des Sciences de l'Information de Madrid et d'abord écrit des scénarios pour la télévision. Il a obtenu en 2001 le prestigieux prix Nadal pour son roman El niño de los coroneles. Publié en 1996 en Espagne, Je vais mourir cette nuit est le premier livre de l'auteur traduit en français.
Extrait du livre :
Car seule la chance a permis que la mort du jeune culturiste, assassiné suite aux excès que j'ai commis lors de ma fête d'anniversaire, coïncide avec votre intrusion et celle de vos hommes chez moi, pour une histoire de trafic de drogue qui, ironiquement, s'est avérée fausse. Vous vous êtes embarqué dans cette aventure sans mandat et vous êtes parvenu à vos fins. Vous avez sauté sur l'occasion et comme vous saviez que vous ne trouveriez jamais de brèche où vous immiscer pour prendre en défaut mon entreprise inattaquable, pour détecter une seule faille de mon cerveau supérieur, vous vous êtes accroché à cette histoire sordide afin que les juges m'inculpent et me condamnent pour assassinat. Comme l'affaire prenait une tournure scandaleuse et tragique, les rênes du pouvoir que je tenais alors dans l'ombre n'ont pu éviter mon incarcération fin 1971.
Les gens idiots ou soumis disent que la prison n'est pas si terrible, qu'elle n'a pas de raison de l'être quand on sait s'y adapter. Je peux affirmer qu'il n'existe rien de pire. J'avais devant moi la perspective de vingt ans de réclusion, que seule une infamante bonne conduite pouvait abréger. J'ai fait mes calculs et analysé la situation. J'en ai déduit que dans le meilleur des cas je retrouverais la liberté, une fois vieux, vers le milieu de 1987. J'ai pesé le pour et le contre; d'un côté, les exceptionnelles conditions de vie carcérale que ma fortune me permettait; de l'autre, l'irrésistible besoin de liberté de mon corps, de mon esprit. J'ai essayé de ne pas penser, de laisser passer le temps. Mais ça n'a servi à rien. Très vite le confort de ma cellule privée et la compagnie des jeunes prisonniers ont fini par m'être insupportables. Un bourdonnement horrible s'est installé en moi pour me torturer nuit et jour sans repos. J'ai compris que je ne tiendrais pas le coup. Froidement, bien que rongé par l'amertume et le désespoir, j'ai décidé de mettre fin à mes jours dès que ce que j'allais entreprendre sur le champ serait accompli. C'est ce qui m'a permis de supporter encore mon séjour en enfer : planifier avec soin ma vengeance. Une vengeance qui devait être - c'est le défi que je me suis lancé - digne de mon génie, de mon talent créatif et aussi de la haine qui l'alimentait et lui donnait sens : la haine, Delmar, la haine à votre égard.
Vous vous souvenez de moi maintenant et vous savez donc que je l'ai fait, que je me suis suicidé il y a seize ans, le 24 décembre 1974, que je vais me suicider aujourd'hui, 24 décembre 1974 juste après avoir achevé cette lettre que l'on vient de vous remettre et que vous lisez avec avidité et probablement avec une peur croissante. Je vous conseille de poursuivre cette lecture, car tout ce qui suit vous concerne au plus haut point.
Je me suis suicidé il y a seize ans. C'est un laps de temps plus que suffisant pour que vous m'ayez oublié, Delmar, ou tout au moins pour que se soit estompée la précision de vos souvenirs. Avant toute chose j'aimerais me présenter convenablement, c'est pourquoi je vais vous demander de faire un effort, d'obliger votre esprit à surmonter l'ivresse - parce que vous êtes ivre, n'est ce pas ?, ivre comme toujours- et de revenir vingt ans en arrière, jusqu'aux derniers jours de 1970, alors que vous étiez un jeune et brillant commissaire de police, le plus décoré de la ville et aussi le plus content de lui-même et de son inébranlable brutalité, le plus fier de ses succès, et même le préféré de la presse du coeur, qvii plus d'une fois vous a élu comme l'idéal de séduction masculine, quoiqu'en ce qui me concerne, votre propension à imiter les détectives du grand écran m'ait toujours semblé ridicule. À cette époque on vous a affecté, pour notre plus grand malheur, le vôtre et le mien, sur le secteur où j'exerçais mes activités...
Ni en 1958, à Bilbao, Fernando Marias a étudié le cinéma à l'Université des Sciences de l'Information de Madrid et d'abord écrit des scénarios pour la télévision. Il a obtenu en 2001 le prestigieux prix Nadal pour son roman El niño de los coroneles. Publié en 1996 en Espagne, Je vais mourir cette nuit est le premier livre de l'auteur traduit en français.
Extrait du livre :
Car seule la chance a permis que la mort du jeune culturiste, assassiné suite aux excès que j'ai commis lors de ma fête d'anniversaire, coïncide avec votre intrusion et celle de vos hommes chez moi, pour une histoire de trafic de drogue qui, ironiquement, s'est avérée fausse. Vous vous êtes embarqué dans cette aventure sans mandat et vous êtes parvenu à vos fins. Vous avez sauté sur l'occasion et comme vous saviez que vous ne trouveriez jamais de brèche où vous immiscer pour prendre en défaut mon entreprise inattaquable, pour détecter une seule faille de mon cerveau supérieur, vous vous êtes accroché à cette histoire sordide afin que les juges m'inculpent et me condamnent pour assassinat. Comme l'affaire prenait une tournure scandaleuse et tragique, les rênes du pouvoir que je tenais alors dans l'ombre n'ont pu éviter mon incarcération fin 1971.
Les gens idiots ou soumis disent que la prison n'est pas si terrible, qu'elle n'a pas de raison de l'être quand on sait s'y adapter. Je peux affirmer qu'il n'existe rien de pire. J'avais devant moi la perspective de vingt ans de réclusion, que seule une infamante bonne conduite pouvait abréger. J'ai fait mes calculs et analysé la situation. J'en ai déduit que dans le meilleur des cas je retrouverais la liberté, une fois vieux, vers le milieu de 1987. J'ai pesé le pour et le contre; d'un côté, les exceptionnelles conditions de vie carcérale que ma fortune me permettait; de l'autre, l'irrésistible besoin de liberté de mon corps, de mon esprit. J'ai essayé de ne pas penser, de laisser passer le temps. Mais ça n'a servi à rien. Très vite le confort de ma cellule privée et la compagnie des jeunes prisonniers ont fini par m'être insupportables. Un bourdonnement horrible s'est installé en moi pour me torturer nuit et jour sans repos. J'ai compris que je ne tiendrais pas le coup. Froidement, bien que rongé par l'amertume et le désespoir, j'ai décidé de mettre fin à mes jours dès que ce que j'allais entreprendre sur le champ serait accompli. C'est ce qui m'a permis de supporter encore mon séjour en enfer : planifier avec soin ma vengeance. Une vengeance qui devait être - c'est le défi que je me suis lancé - digne de mon génie, de mon talent créatif et aussi de la haine qui l'alimentait et lui donnait sens : la haine, Delmar, la haine à votre égard.
Vous vous souvenez de moi maintenant et vous savez donc que je l'ai fait, que je me suis suicidé il y a seize ans, le 24 décembre 1974, que je vais me suicider aujourd'hui, 24 décembre 1974 juste après avoir achevé cette lettre que l'on vient de vous remettre et que vous lisez avec avidité et probablement avec une peur croissante. Je vous conseille de poursuivre cette lecture, car tout ce qui suit vous concerne au plus haut point.
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Caractéristiques
- EAN
-
9782916329055
- ISBN
-
2916329056
- Illustration
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Pas d'illustrations
- SKU
-
1634862
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