La primitive intégrale
Résumé
Voir tout
Un matin, au réveil, je sus ce qu'il fallait faire. (...) Il fallait bien sûr s'approcher le plus près possible de nos limites respectives. Car c'est comme toujours aux limites, dans les frémissements des limites, que les événements extraordinaires peuvent nous arriver.
J'entrepris de convaincre Anne de s'unir pour de bon avec moi. Totalement, sans protection, jusqu'à l'enfant, si éventuellement un enfant nous arrivait. Je réfutai un par un tous ses arguments. Notre si grande jeunesse, surtout la mienne, l'argent que...
J'entrepris de convaincre Anne de s'unir pour de bon avec moi. Totalement, sans protection, jusqu'à l'enfant, si éventuellement un enfant nous arrivait. Je réfutai un par un tous ses arguments. Notre si grande jeunesse, surtout la mienne, l'argent que...
Caractéristiques
Voir tout
- Date de parution
-
janvier 2007
- Editeur
La primitive intégrale
Résumé
Un matin, au réveil, je sus ce qu'il fallait faire. (...) Il fallait bien sûr s'approcher le plus près possible de nos limites respectives. Car c'est comme toujours aux limites, dans les frémissements des limites, que les événements extraordinaires peuvent nous arriver.
J'entrepris de convaincre Anne de s'unir pour de bon avec moi. Totalement, sans protection, jusqu'à l'enfant, si éventuellement un enfant nous arrivait. Je réfutai un par un tous ses arguments. Notre si grande jeunesse, surtout la mienne, l'argent que nous n'avions pas, notre relation si bizarrement commencée et tout de même assez récente... Je sus tout balayer. Elle se rendit assez vite à mes arguments, rieuse et comme rassurée. Mon amour lui allait bien.
Elle m'entraîna alors souvent dehors, et c'est en m'unissant à elle la nuit sur les pelouses centrales du grand jardin, cernées par le grondement atténué et sans fin des voitures de la ville, que je compris son goût des arbres, du ciel et de la pluie, mêlé au plaisir sexuel. La grande secousse nous prenait quand nous avions les yeux fixés sur les sombres nuages, et tout était magnifié. Nous n'étions plus qu'une scansion du monde. En même temps que je jouissais d'elle, j'appelais une lignée d'ancêtres lointains, et d'elle et de moi. Je poussais ma sève loin en elle, c'était l'amour, mais plus que l'amour, la déraison, l'ancrage, la réconciliation. Je m'unissais à elle, je l'intégrais, elle m'intégrait aussi, jusqu'à nos limites extrêmes.
Extrait du livre :
HÉBÉTÉ, JE RESTAI QUELQUES MINUTES SANS bouger. Quand je me levai, j'avais une pesanteur de plomb dans le bas-ventre. J'allai vers le lac. C'était la nuit, j'étais seul dans ce jardin que je connaissais depuis toujours, mais seulement de jour. La nuit y creusait les différences insoupçonnées. Dans ce parc d'enfance, je venais de faire l'amour avec une inconnue qui s'était servi du mouvement des branches d'un arbre pour nous faire jouir.
Pourquoi ?
Je tenais à peine debout, et m'agrippai aux balustrades pour descendre vers l'eau. Dans ce jardin, seuls les arbres poussent et vivent. Tout est faux : les rambardes en mortier imitent des branchages, les cascades glougloutent à travers des tuyaux souvent apparents, des rochers cimentés imitent mal de petites montagnes. Les canards, n'en parlons pas. Personne n'y croit.
Tiens, des canards, justement, étrangement groupés et silencieux. Ils barbotaient dans la nuit tout près du bord. Je les distinguais assez clairement, ils plongeaient la tête et semblaient sonder le fond du lac pourtant si noir, tous ensemble, un peu plus loin.
Sur l'autre rive, le restaurant était éclairé. On y voyait quelques dîneurs solitaires au fond, que je discernais mal et plus près, bien visibles sous les lumières, un couple attablé. J'enviai l'homme, un homme fait, que je ne voyais que de dos, carré, stable, costard, grisonnant. Comme je ne serai jamais. En face, une femme en bleu pâle lui souriait. Ils se tenaient la main sur la table. Un vrai couple. Pas comme moi et cette souris qui venait de me tirer le jus du corps ! Je donnai un coup de pied rageur aux roseaux de la rive, et ce faisant, heurtai une forme sombre.
Un homme était là, accroupi.
J'entrepris de convaincre Anne de s'unir pour de bon avec moi. Totalement, sans protection, jusqu'à l'enfant, si éventuellement un enfant nous arrivait. Je réfutai un par un tous ses arguments. Notre si grande jeunesse, surtout la mienne, l'argent que nous n'avions pas, notre relation si bizarrement commencée et tout de même assez récente... Je sus tout balayer. Elle se rendit assez vite à mes arguments, rieuse et comme rassurée. Mon amour lui allait bien.
Elle m'entraîna alors souvent dehors, et c'est en m'unissant à elle la nuit sur les pelouses centrales du grand jardin, cernées par le grondement atténué et sans fin des voitures de la ville, que je compris son goût des arbres, du ciel et de la pluie, mêlé au plaisir sexuel. La grande secousse nous prenait quand nous avions les yeux fixés sur les sombres nuages, et tout était magnifié. Nous n'étions plus qu'une scansion du monde. En même temps que je jouissais d'elle, j'appelais une lignée d'ancêtres lointains, et d'elle et de moi. Je poussais ma sève loin en elle, c'était l'amour, mais plus que l'amour, la déraison, l'ancrage, la réconciliation. Je m'unissais à elle, je l'intégrais, elle m'intégrait aussi, jusqu'à nos limites extrêmes.
Extrait du livre :
HÉBÉTÉ, JE RESTAI QUELQUES MINUTES SANS bouger. Quand je me levai, j'avais une pesanteur de plomb dans le bas-ventre. J'allai vers le lac. C'était la nuit, j'étais seul dans ce jardin que je connaissais depuis toujours, mais seulement de jour. La nuit y creusait les différences insoupçonnées. Dans ce parc d'enfance, je venais de faire l'amour avec une inconnue qui s'était servi du mouvement des branches d'un arbre pour nous faire jouir.
Pourquoi ?
Je tenais à peine debout, et m'agrippai aux balustrades pour descendre vers l'eau. Dans ce jardin, seuls les arbres poussent et vivent. Tout est faux : les rambardes en mortier imitent des branchages, les cascades glougloutent à travers des tuyaux souvent apparents, des rochers cimentés imitent mal de petites montagnes. Les canards, n'en parlons pas. Personne n'y croit.
Tiens, des canards, justement, étrangement groupés et silencieux. Ils barbotaient dans la nuit tout près du bord. Je les distinguais assez clairement, ils plongeaient la tête et semblaient sonder le fond du lac pourtant si noir, tous ensemble, un peu plus loin.
Sur l'autre rive, le restaurant était éclairé. On y voyait quelques dîneurs solitaires au fond, que je discernais mal et plus près, bien visibles sous les lumières, un couple attablé. J'enviai l'homme, un homme fait, que je ne voyais que de dos, carré, stable, costard, grisonnant. Comme je ne serai jamais. En face, une femme en bleu pâle lui souriait. Ils se tenaient la main sur la table. Un vrai couple. Pas comme moi et cette souris qui venait de me tirer le jus du corps ! Je donnai un coup de pied rageur aux roseaux de la rive, et ce faisant, heurtai une forme sombre.
Un homme était là, accroupi.
Avis clients
La primitive intégrale
Soyez le premier à partager
votre avis sur ce produit
Caractéristiques
- Auteur
- Editeur
- Date de parution
-
janvier 2007
- EAN
-
9782843011610
- ISBN
-
2843011612
- Illustration
-
Pas d'illustrations
- SKU
-
1623331
Publicité
Publicité