Claude-Charles Mollard (Auteur)
Christine Buci-Glucksmann (Auteur)
Paru en novembre 2006
Beau livre (relié)
Les origènes
Résumé
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«Le peuple des Origènes se niche partout : dans les pierres du chemin, L les noeuds des troncs d'arbres, les buissons de ronces, les lichens des rochers... Depuis des millions d'années ils regardent en silence les hommes qui ne les voient pas.
J'ai photographié le premier Origène dans les carrières antiques de marbre de l'île de Paros, dans les Cyclades, où les sculpteurs firent surgir de la pierre le visage de l'homme, à moins que ce ne soit sur les flancs du volcan Stromboli né des noces du feu et de la mer parmi les...
J'ai photographié le premier Origène dans les carrières antiques de marbre de l'île de Paros, dans les Cyclades, où les sculpteurs firent surgir de la pierre le visage de l'homme, à moins que ce ne soit sur les flancs du volcan Stromboli né des noces du feu et de la mer parmi les...
Caractéristiques
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Les origènes
Résumé
«Le peuple des Origènes se niche partout : dans les pierres du chemin, L les noeuds des troncs d'arbres, les buissons de ronces, les lichens des rochers... Depuis des millions d'années ils regardent en silence les hommes qui ne les voient pas.
J'ai photographié le premier Origène dans les carrières antiques de marbre de l'île de Paros, dans les Cyclades, où les sculpteurs firent surgir de la pierre le visage de l'homme, à moins que ce ne soit sur les flancs du volcan Stromboli né des noces du feu et de la mer parmi les îles Éoliennes, ou encore dans les ruines de Pompéi, ou dans la nature exubérante du Brésil... Depuis lors, je les vois partout : ils crient, ils rient, ils pleurent, ils se moquent, ils éprouvent des sentiments comme des humains. «Tout vit, tout est plein d'âmes» : Victor Hugo n'était pas loin de penser que Dieu se cachait dans les coins et recoins de la nature. Monstres, fantômes ou dieux, ils sont arrivés sur terre bien avant nous.
Ces Origènes, cousins des Aborigènes, sont devenus mes compagnons de voyage, ils jouent à me faire rire ou à me faire peur. Ils peuvent paraître froids comme le marbre, impassibles comme le bois. Mais à force de les regarder derrière mon objectif, j'ai pris goût à les fréquenter. Peut-être ai-je commencé à les apprivoiser. J'ai même surpris l'un d'entre eux me jeter un clin d'oeil ! Faites comme moi : ouvrez l'oeil. Vous les verrez, ils vous regarderont, ils vous feront rêver, vous vivrez mieux.»
C.-C. M
Christine Buci-Glucksmann, philosophe, Professeur émérite de l'Université de Paris 8 (Arts plastiques), est l'auteur de nombreux livres et catalogues parus en France et à l'étranger. Parmi ses dernières publications, on peut citer : L'esthétique du temps au Japon, Du zen au virtuel, Galilée 2001 ; Esthétique de l'éphémère, Galilée, 2003 ; Au-delà de la mélancolie, Galilée, 2005.
Extrait du livre :
Comme si les visages étaient traités tels des vestiges au sens propre du vestigium - indice, signe et trace - déposés dans une nature immémoriale. Avec leur singularité multiple, ils dessinent une véritable cosmogénèse des formes, tout à la fois une grammaire et une anthropologie. Visus, videre : ce qui est vu, dans un face-à-face, où le vide du regard suggère toujours l'au-delà du visible, son apparition et son signe symbolique. Mais le visage a aussi une affinité avec le masque comme le montre le mot grec prosopon qui signifie à la fois visage et masque. Car la frontalité crée une intensité spécifique, celle de l'immobilité propre à une vie inorganique, déjà saisie par la beauté ou la mort, comme dans les premiers portraits de l'humanité : statue d'Aïn Ghazal (VIIIe millénaire av. J.-C.) ou La Dame au Polos de Mari (2400 av. J.-C.). Ils nous fixent de l'autre côté de la tombe, car regarder de face a toujours été dangereux. La Méduse des Grecs pétrifiait, et les monothéismes juif et musulman ont interdit la «Face» de Dieu. Or, ici, la frontalité explore l'immanence de toutes les matières du monde, retrouvant les mythes cosmogoniques de l'Humanité. Elle plie les visages par une force cosmique omniprésente. Force de contraction, d'agrégation, de torsion ou de prolifération, force du pli végétal pris dans ses lianes et spirales ou force terrestre des volcans, la force crée ses formes et explore la rencontre de deux esthétiques apparemment contradictoires. L'une est celle d'un minimalisme figurai, aux visages fixes et découpés, quand l'autre, explicitement baroque, déploie courbes et matières dans une texture de plis à l'infini.
Hiératisme de ces Origènes aux lignes striées, aux yeux vidés et intériorisés pour l'éternité, qui font penser aux statues de Giacometti. Mais d'autres, aux feuilles de palmiers ou de palétuviers, s'enroulent sur eux-mêmes, en une multiplicité foisonnante où les règnes de la nature se jouent de l'art humain. Et puis, il y a ces Origènes cristallins, nettement plus baroques, qui se multiplient à l'infini et se perdent dans leurs reflets et leur être lumière jusqu'au virtuel. Ici l'immémorial de la lave et de la terre laisse place à des visages insaisissables, stratifiés de couleurs et de vides, dans une anamorphose lumineuse permanente. Mais entre la ligne coupante et la ligne courbe, le regard photographique fait surgir les fantômes de la nuit dans la clarté du jour et de la lumière. Une épiphanie de visages au sens strict.
Car toute cette population d'Origènes témoigne d'un art à l'état sauvage, émergeant d'une «chaosmose» primordiale, dans une véritable pétrification ontologique, qui nous contraint à repenser les origines du vivant et la naissance de l'art. Un véritable voyage dans le temps, de l'immémorial astral à l'éphémère des visages-fleurs, qui brouille les frontières de l'organique et de l'inorganique, dans un vis-à-vis de regards et de «portraits de la nature» évoquant souvent les portraits de l'art.
J'ai photographié le premier Origène dans les carrières antiques de marbre de l'île de Paros, dans les Cyclades, où les sculpteurs firent surgir de la pierre le visage de l'homme, à moins que ce ne soit sur les flancs du volcan Stromboli né des noces du feu et de la mer parmi les îles Éoliennes, ou encore dans les ruines de Pompéi, ou dans la nature exubérante du Brésil... Depuis lors, je les vois partout : ils crient, ils rient, ils pleurent, ils se moquent, ils éprouvent des sentiments comme des humains. «Tout vit, tout est plein d'âmes» : Victor Hugo n'était pas loin de penser que Dieu se cachait dans les coins et recoins de la nature. Monstres, fantômes ou dieux, ils sont arrivés sur terre bien avant nous.
Ces Origènes, cousins des Aborigènes, sont devenus mes compagnons de voyage, ils jouent à me faire rire ou à me faire peur. Ils peuvent paraître froids comme le marbre, impassibles comme le bois. Mais à force de les regarder derrière mon objectif, j'ai pris goût à les fréquenter. Peut-être ai-je commencé à les apprivoiser. J'ai même surpris l'un d'entre eux me jeter un clin d'oeil ! Faites comme moi : ouvrez l'oeil. Vous les verrez, ils vous regarderont, ils vous feront rêver, vous vivrez mieux.»
C.-C. M
Christine Buci-Glucksmann, philosophe, Professeur émérite de l'Université de Paris 8 (Arts plastiques), est l'auteur de nombreux livres et catalogues parus en France et à l'étranger. Parmi ses dernières publications, on peut citer : L'esthétique du temps au Japon, Du zen au virtuel, Galilée 2001 ; Esthétique de l'éphémère, Galilée, 2003 ; Au-delà de la mélancolie, Galilée, 2005.
Extrait du livre :
Comme si les visages étaient traités tels des vestiges au sens propre du vestigium - indice, signe et trace - déposés dans une nature immémoriale. Avec leur singularité multiple, ils dessinent une véritable cosmogénèse des formes, tout à la fois une grammaire et une anthropologie. Visus, videre : ce qui est vu, dans un face-à-face, où le vide du regard suggère toujours l'au-delà du visible, son apparition et son signe symbolique. Mais le visage a aussi une affinité avec le masque comme le montre le mot grec prosopon qui signifie à la fois visage et masque. Car la frontalité crée une intensité spécifique, celle de l'immobilité propre à une vie inorganique, déjà saisie par la beauté ou la mort, comme dans les premiers portraits de l'humanité : statue d'Aïn Ghazal (VIIIe millénaire av. J.-C.) ou La Dame au Polos de Mari (2400 av. J.-C.). Ils nous fixent de l'autre côté de la tombe, car regarder de face a toujours été dangereux. La Méduse des Grecs pétrifiait, et les monothéismes juif et musulman ont interdit la «Face» de Dieu. Or, ici, la frontalité explore l'immanence de toutes les matières du monde, retrouvant les mythes cosmogoniques de l'Humanité. Elle plie les visages par une force cosmique omniprésente. Force de contraction, d'agrégation, de torsion ou de prolifération, force du pli végétal pris dans ses lianes et spirales ou force terrestre des volcans, la force crée ses formes et explore la rencontre de deux esthétiques apparemment contradictoires. L'une est celle d'un minimalisme figurai, aux visages fixes et découpés, quand l'autre, explicitement baroque, déploie courbes et matières dans une texture de plis à l'infini.
Hiératisme de ces Origènes aux lignes striées, aux yeux vidés et intériorisés pour l'éternité, qui font penser aux statues de Giacometti. Mais d'autres, aux feuilles de palmiers ou de palétuviers, s'enroulent sur eux-mêmes, en une multiplicité foisonnante où les règnes de la nature se jouent de l'art humain. Et puis, il y a ces Origènes cristallins, nettement plus baroques, qui se multiplient à l'infini et se perdent dans leurs reflets et leur être lumière jusqu'au virtuel. Ici l'immémorial de la lave et de la terre laisse place à des visages insaisissables, stratifiés de couleurs et de vides, dans une anamorphose lumineuse permanente. Mais entre la ligne coupante et la ligne courbe, le regard photographique fait surgir les fantômes de la nuit dans la clarté du jour et de la lumière. Une épiphanie de visages au sens strict.
Car toute cette population d'Origènes témoigne d'un art à l'état sauvage, émergeant d'une «chaosmose» primordiale, dans une véritable pétrification ontologique, qui nous contraint à repenser les origines du vivant et la naissance de l'art. Un véritable voyage dans le temps, de l'immémorial astral à l'éphémère des visages-fleurs, qui brouille les frontières de l'organique et de l'inorganique, dans un vis-à-vis de regards et de «portraits de la nature» évoquant souvent les portraits de l'art.
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Caractéristiques
- Editeur
- Date de parution
-
novembre 2006
- Collection
- EAN
-
9782702208304
- Poids
-
0,0010kg
- ISBN
-
2702208304
- Illustration
-
Illustrations couleur
- Nombre de pages
-
64
- Format
-
23,50 x 29,50 x 1,00 cm
- SKU
-
1572502
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