Interview
Flynt, l'interview pour son nouvel album "Itinéraire bis"
Son 1er album J'éclaire ma ville riche en samples et textes réalistes, symbole d'un hip-hop Français authentique, avait tourné en boucle pendant très longtemps dans mon iPod. L'attente du nouveau projet de Flynt fut longue (il en dévoile les raisons dans l'interview), mais le résultat est à la hauteur de la durée. Si la plume du MC n'a pas changé c'est plus dans la production musicale que l'évolution se fait sentir. Les boucles et samples utilisés donnent une couleur moins Soul que sur le précédent album (même si l'on retrouve sur quelques morceaux la même recette), quelques beats sont plus durs, plus lourds mais le résultat est toujours aussi efficace. Le rappeur a su rester intègre à son éthique et après plusieurs écoutes Itinéraire bis prend toute sa dimension et trouvera facilement sa place dans toute bonne discographie qui se respecte. Deux bons albums, donc deux bonnes raisons d'en savoir un peu plus sur le parcours et le quotidien d'un rappeur indépendant que je vous invite à découvrir dans l'interview plus bas.
- Jayman : Ton 1er album J’éclaire ma ville était sorti en 2007, ton nouvel opus Itinéraire bis sort en 2012, comment tu expliques la durée entre les 2 ?
Flynt : Pour 2 raisons principales, la première c’est qu’après la sortie de J’éclaire ma ville, avec tous les concerts qui ont suivi j’étais un peu vidé, fatigué physiquement et mentalement, on a sorti un maxi, puis l’album puis on a fait une tournée, dont 2 concerts complets à Paris dans la foulée puis on a sorti un dvd live. Tout ça en indépendant. Réaliser un album et préparer des concerts d’une heure ou 1h30 ça représente beaucoup de travail. On a beaucoup bossé avant, pendant et après la sortie de l’album. J’ai donc eu besoin de souffler. Et dans cet album j’ai dit énormément de choses alors il a fallu que j’en vive de nouvelles pour pouvoir écrire de nouveaux titres inspirés de mon quotidien. La deuxième raison c’est que je suis producteur de mes disques, ce 2ème album est totalement autoproduit. Tout faire m’a pris beaucoup de temps entre l’écriture, la production et la réalisation. Et lorsque je passais du temps sur la production je ne pouvais pas me consacrer à l’écriture et vice versa. Et puis j’avais aussi des moyens financiers réduits, dans ces conditions, ça prend plus de temps. Mais en réalité je ne suis sur Itinéraire bis que depuis 3 ans c’est-à-dire le même temps que m’avait pris J’éclaire ma ville.
- Jayman : Justement à propos de J’éclaire ma ville, le fait qu’il ait été autant et est toujours plébiscité, ça ne t’a pas mis une pression supplémentaire pour sortir Itinéraire bis ?
Flynt : La pression tu l’as toujours en fait ! Je l’avais déjà quand j’ai sorti mon 1er maxi, tu l’as aussi quand tu montes sur scène, de toute façon quand tu fais ce métier, je pense qu’il faut avoir la pression et qu’il faut savoir la gérer. Mais la principale pression que j’ai eue, c’est plus en tant que producteur du disque qu’en tant qu’artiste. Il y a un an et demi je me suis fixé un rétro planning pour le sortir à une date précise, et la vraie pression c’était plutôt de réussir à le sortir à la date que je m’étais fixée, de la manière dont je voulais sortir le disque et de respecter le planning. Après, au niveau artistique, bien sûr : à chaque fois que j’écris un couplet je veux que ce soit le couplet de l’année. Donc je me mets déjà une pression tout seul, et cette pression est bien plus forte que celle du public même je pense. Je ne veux pas décevoir, je sais que mon disque est attendu. Mais la pression de l’artiste va monter doucement quand je ferai des scènes, d’ailleurs je commence à la ressentir puisque je suis en train de préparer les concerts actuellement.
- Jayman : Le fait d’être indépendant, d’être en autoprod, tu en parles dans le morceau La balade des indépendants, c’est quelque chose que tu avais envie de faire partager ? Ce ressenti, cette difficulté ou ce plaisir même !
Flynt : C’est vrai que c’est un plaisir d’être indépendant et de produire soi-même ses disques, mais c’est difficile, il faut s’accrocher. L’idée de ce morceau m’est venue à la sortie d’un concert de rap français indé auquel j’avais assisté en tant que spectateur. Beaucoup de gens dans le public étaient venus me voir pour me demander quand sortait mon nouvel album. J’ai trouvé que c’était une bonne idée de thème pour un morceau de répondre à cette question « Alors ça sort quand ? » C’est un titre en featuring avec Nasme et Dino dans lequel on développe notre situation de producteurs et MC’s indépendants et c’est aussi un clin d’œil à tous ceux qui vivent la même chose. Ca m’a aussi donné l’idée d’en faire un teaser afin d’annoncer l’album. C’était l’occasion d’expliquer au public pourquoi ça prend du temps, de dire que pour nous le rap c’est pas seulement écrire des rimes.
- Jayman : J’ai l’impression que tu as pris énormément de plaisir à être producteur ?
Flynt : Oui carrément ! J’adore ça, d’ailleurs j’ai toujours été producteur ou coproducteur de mes disques, depuis le début avec la compil Explicit Dixhuit, mes maxis et mes albums. J’ai besoin de maitriser les choses, de savoir ce qui se passe. C’est un job très prenant et c’est une chance de pouvoir faire ça. C’est difficile et chronophage mais il y a quelque chose de grisant même si c’est source de soucis ou de stress.
- Jayman : La promo de l’album a démarré avec le titre Haut la main sur une prod de ouf de Nodey, vous aviez déjà collaboré ensemble d’ailleurs !
Flynt : Oui sur Rap theorie (clip video à voir ici), un titre extrait de la compilation de DJ Blaiz’ Appelle moi MC, Nodey est un excellent Beatmaker (Nodey au Beatmaker contest à voir ici), c’est lui aussi qui a produit le titre avec Orelsan. D’ailleurs après avoir fait Rap theorie, je ne l’ai plus lâché, je lui disais « il faut qu’on fasse des tracks ensemble pour mon album… ça va faire des bons titres », j’ai gardé un contact régulier avec lui. Jusqu’à ce qu’il me propose l’instru qui a donné le titre Haut la main. C’était une vraie collaboration, comme avec tous les autres beatmakers d’ailleurs, je ne suis pas du genre à prendre ton instru et puis après plus de nouvelles, du genre « je t’enverrai un cd quand ce sera fini.. », j’estime que sans les beatmakers, je ne serai rien. C’est très important pour moi de les impliquer dans le projet, ce sont aussi leurs morceaux, il faut qu’ils en soient satisfaits et je tiens à ce qu’ils soient au courant de l’avancée des morceaux. Dès que le morceau était maquetté je leur envoyais, dès qu’un mix était fini on échangeait dessus, rien n’a été fait sans leur validation, parce que je pense que les bonnes collaborations font les bons titres et que c’est une approche professionnelle.
- Jayman : Les Soulchildren ont fait la moitié des beats de l’album, ça s’est fait naturellement ?
Flynt : Oui, ils avaient déjà produit des titres sur le 1er album, on s’entend bien et là j’ai poussé la collaboration au point d’être aller enregistrer chez eux. Et puis d’une certaine manière ce sont eux qui ont un peu lancé l’album en me donnant les 2 premières instrus (celles de En froid et Toujours authentique) qui m’ont mis le pied à l’étrier. J’ai alors commencé à gratter mes textes, ça a été un peu long au début, comme un sportif qui reprend après une longue coupure, tu es un peu obligé de refaire tes gammes, de t’entraîner encore plus. Mais on a réellement travaillé en osmose, ils ont une couleur musicale qui me parle, pas toutes leurs prods mais celles qui me parlent me parlent vraiment. C’est une chance pour un MC d’avoir cette proximité avec des beatmakers aussi doués.
- Jayman : Tout à l’heure tu parlais d’Orelsan, vous vous êtes fait un bon petit délire sur le titre Mon pote, c’est autobiographique ? Il y a des mecs qui vont se reconnaitre ?
Flynt : Oui certainement, Orelsan et moi on s’est rencontrés en studio il y a 2 ans et demi, j’avais beaucoup apprécié son 1er album, je trouvais qu’il amenait quelque chose de frais, et de drôle et quand je l’ai rencontré pour la première fois, je lui ai dit ce que je pensais. Il m’a répondu que lui aussi avait aimé mon 1er album et du coup on s’est dit que ça serait bien de collaborer un jour. J’ai pensé à lui quand j’ai commencé à bosser sur l’album, pas spécialement pour un featuring au départ, mais déjà pour le connaitre un peu plus. J’ai découvert un artiste très pro, un mec simple, gentil et abordable et comme j’avais envie de faire un morceau léger et drôle sur mon album et que lui a cette qualité je trouve, je lui ai finalement proposé, il a accepté et on a bossé ensemble dessus. On est plutôt contents du résultat.
- Jayman : A l’opposé, tu es parti dans une vibe Ragga dans le duo avec Tiwony.
Flynt : Oui, j’ai toujours apprécié le Ragga/Dancehall, même si je ne suis pas super pointu dans ce domaine. J’avais déjà fait un morceau avec Lyricson (en écoute ici) et là j’avais envie du grain de voix de Tiwony sur mon disque et d’amener cette touche là sur l’album.
- Jayman : Il y a pas mal de morceaux qui font référence à l’indépendance, à l’authenticité et à la rue. Ce sont des thèmes moteurs pour écrire tes textes ?
Flynt : L’indépendance et l’authenticité oui sur quelques tracks, la rue pas vraiment, enfin si mais vu d’un autre angle. Dans Itinéraire bis ou sur le titre En froid j’en parle mais pas de la même manière que la majorité des autres titres de rap. Quand j’ai commencé à écrire cet album, mes premières idées de thème c’était « casser les clichés » . Je voulais prendre le contre pied de certaines images qu’on se fait du rap comme c’est le cas sur les titres Les clichés ont la peau dure et En froid par exemple. Le rap et ses acteurs souffrent d’une mauvaise image et je souhaitais montrer un autre aspect des choses. Pour faire court, ok je suis un rappeur mais les trucs de la rue je m’en bats, j’ai toujours voulu avoir des diplômes moi, je suis un MC c’est vrai mais je ne mène pas une vie dissolue, je suis un père de famille responsable, je m’occupe de ma femme et de ma maison, je prends mes responsabilités au sérieux. Ce thème je le développe dans Homeboy d’ailleurs. Bref, je mène une vie et j’ai une vision des choses et un discours qui vont un peu en sens inverse du discours qu’on peut entendre chez beaucoup de rappeurs.
- Jayman : C’est difficile à gérer cette double casquette de père et de rappeur ?
Flynt : Quoi que tu fasses dans ta vie, avoir des enfants ça change beaucoup de choses. Ma priorité restera toujours ma famille et si ça veut dire que je dois arrêter le rap ou lui consacrer moins de temps ce n’est pas un souci. La famille quand tout se passe bien, c’est ça les vraies choses de la vie.
- Jayman : L’album est fini, la promo est en cours, tu vas maintenant faire quelques dates. Tu appréhendes la rencontre avec le public ?
Flynt : Non pas vraiment, je suis préparé et mon public est un public en or. J’ai eu la chance de travailler avec DJ Dimé (ex-DJ de Diam‘s) qui a fait des scènes dans le monde entier, sur J’éclaire ma ville. Du coup il m’a apporté énormément à ce niveau, il m’a fait découvrir et travailler la scène d’une autre manière et m’a appris à appréhender ces événements de manière plus sereine même si comme je disais tout à l’heure, il y a pas mal de pression. J’ai une réelle volonté d’emmener l’album sur scène, on a une tournée en préparation avec une dizaine de dates déjà calées. La scène c’est un moment de vérité, tu n’as pas le droit à l’erreur, c’est à ce moment que tu sais si les morceaux fonctionnent. Je ne prends pas toujours de plaisir sur scène parce que c’est dur, il faut être bon et concentré, ne pas se relâcher, il faut performer. Mais j’ai de la chance que mon rap ait rencontré son public, quand je vais en province par exemple je suis toujours surpris de voir que les gens ont payé leurs places, qu’ils connaissent les paroles et qu’ils s’éclatent pendant 1h30. Et quand ta musique a rencontré son public tu peux pleinement profiter de ce que la scène et la musique peuvent t’offrir de meilleur. Et puis partir avec une petite bande de potes aux quatre coins de la France pour faire ce que tu aimes, c’est vraiment top.
Pour ceux qui auraient manqué le plateau Can I kick It au Bataclan la semaine dernière auquel Flynt a participé (freestyle à regarder ici), vous pourrez toujours vous rattraper en checkant ses prochaines dates de concert sur son site ou pour ceux qui seront du coté de Nantes en Octobre, des places pour le tremplin Buzz Booster sont dispos ici.
Flynt Itinéraire bis, un vrai coup de coeur rap français !
Publié le 15/10/2012
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