J'ai écouté
Bobby Womack, un comeback Soul salvateur orchestré par 2 producteurs anglais !
Si la carrière de Bobby Womack a toujours été jalonné de haut et de bas, la dernière décennie a failli lui être fatale. Englué dans son combat contre les drogues et assommé par l'accumulation de problèmes personnels et de santé, il fut le 1er étonné d'être sollicité par Damon Albarn pour l'enregistrement de l'album Plastic Beach de Gorillaz. On est alors en 2008 et c'est sur l'insistance de sa fille (fan du groupe) qu'il accepte.
L'histoire entre les 2 hommes ne fait que commencer et pourtant celle de Bobby Womack a démarré elle dans les années 50 comme chanteur dans un groupe de Gospel monté avec ses frères, The Womack Brothers (dont Cecil Womack, qui connu le succès en 1988 avec sa femme sous le nom de Womack & Womack). Le groupe fut ensuite repéré par Sam Cooke, puis signé sur son label dans les années 60 sous le nom The Valentinos. Bobby Womack retint alors l'attention de ce dernier plus que les autres qui le pris comme guitariste lors de tournées. Sam Cooke est tué en 1965 et sa veuve se remarie quelques mois plus tard avec Bobby Womack, provoquant alors l'indignation générale. Le chanteur quitte le groupe familial et commence sa carrière solo, mais boycotté par les radios suite au scandale de son mariage, c'est grâce à ses qualités de musicien et d'auteur qu'il reste plébiscité par le milieu. Malheureusement c'est suite à toute cette pression qu'il commence à plonger dans la drogue. Sa carrière de chanteur solo prend son essor en 1971 lorsqu'il signe chez United artists, commence alors une période dorée pendant laquelle son grain de voix et sa Soul mélodieuse feront des merveilles. Comme sur That's the way I feel (en écoute ici) tiré de l'album Communication, ou Woman's got to have it (en écoute ici) samplé par 50 Cent ou bien And I love her, qui fut samplé par NTM sur l'intro du titre Pose ton gun, tous 2 tirés de l'album Understanding de 1972. Cette même année Bobby Womack accroche le wagon de la Blaxploitaion avec la musique du film Accross the 110th Street, mais le single éponyme sera surtout immortalisé en servant d'ouverture au film Jackie Brown de Quentin Tarantino en 1997 (à voir ici). Il sort encore 2 beaux albums en 1973 (Facts of life) & 1974 (Lookin for a love again) duquel sera tiré le single Lookin for a love, dernier gros succès du chanteur à cette époque. Sa traversé du désert commence au milieu des années 80 avec plusieurs séjours en désintoxication suite à son addiction. Il continue malgré tout de sortir régulièrement des albums mais disparait des charts et de l'attention du public.
Et c'est donc en 2008 par l'entremise de Damon Albarn (ex leader de Blur co-fondateur du groupe virtuel Gorillaz) que Bobby Womack a retrouvé la lumière en participant à l'enregistrement de l'album Plastic Beach. Puis aujourd'hui à l'instar du dernier Gil Scott Heron grâce au travail du boss du label, XL recordings, Richard Russell, Bobby Womack sort son 1er album depuis 18 ans. Le résultat est un mélange de traitement et programmation électronique géré par Damon Albarn et Richard Russell qui ont co-produit l'album et la puissance et profondeur de la voix maintenant rocailleuse d'une forte personnalité blessée par la vie qui prouve qu'elle n'a pas encore rendu l'âme !
On retrouve toutes les blessures et la dureté de la vie du chanteur à travers le 1er morceau de l'album The bravest man in the universe, qui est autobiographique. L'ambiance mélange une couleur sombre avec des cordes, des notes de piano ajoutant de la mélancolie et de la programmation. Lui, chante et joue de la guitare et à mi morceau on a droit à un riff funky sur lequel il sifflote un air presque joyeux en total décalage avec la profondeur du morceau. Pied de nez afin de rappeler que malgré tous ses problèmes il est toujours debout ? La structure principale de l'album s'articule autour de compositions de programmations electro, d'accords de piano et d'une vibe Soul à travers la voix du chanteur comme sur les tracks Please forgive my heart ou nothin can save ya (parmi mes préférés). J'ai bien aimé aussi Stupid dont l'intro est raconté par le collègue de label Gil Scott Heron, le beat est soutenu, ça pulse bien et les quelques notes de piano sont très harmonieuses. Le 4ème titre est une chanson d'amour en duo avec la chanteuse Lana Del Rey, l'intro sample Sam Cooke, l'instru est très nu-Jazz, chacun des 2 artistes interprètent 2 couplets avec toujours ces notes de piano pour souligner cette ambiance mélancolique. Mais je n'arrive toujours pas à dire si j'aime bien ce morceau ou non, quelques fois il passe tranquille et quelques fois je la trouve elle trop surfaite et me dis que ça tient presque trop du coup marketing. Chacun jugera. On retrouve aussi un titre Love is gonna lift you up au tempo enlevé sur une vibe Dancehall, qui donne un vrai coup de fraicheur. Alors qu'avec Deep River on retourne à l'essence de Bobby Womack, une guitare accoustique et une voix pour une ambiance bluesy/spiritual. Il y a aussi le titre If there wasn't something there qui m'a donné envie de réécouter du Massive Attack, certainement ce mix entre prod typée electro/programmation et cette vibe soul.
Au final, il y a de très bons morceaux même si l'on est loin d'un album Soul aux sonorités traditionnelles, on va dire que ce CD s'adresse plus un public 25/35 ans lecteur des Inrocks que jeune ado qui écoute. Les bidouilleurs British ont encore frappé et le talent et la personnalité du chanteur ont fait le reste. Dire que le mois dernier il était encore à l'hôpital pour le traitement d'un cancer, Bobby Womack aura vraiment puiser au fond de son âme toute sa vie pour rebondir.
Publié le 08/06/2012
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