Présumé coupable, le cauchemar kafkaïen d’Alain Marécaux

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Présumé coupable, le cauchemar kafkaïen d’Alain Marécaux

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Découvrir Vincent Garenq

Il va falloir s'y faire, la mode des films « Dossiers de l'écran » bat son plein. Après l'affaire Omar Raddad (Omar m'a tuer), avant celle de la grotte d'Ouvéa (L'Ordre et la morale), voici donc porté sur grand écran l'un des scandales judiciaires les plus importants de ce siècle : Outreau. Mais au-delà de la simple évocation factuelle, le film de Vincent Garenq est un véritable rouleau compresseur émotionnel.

Ce qui différencie immédiatement Présumé coupable de la simple reconstitution télévisuelle tant redoutée, c'est le parti pris radical opté par le réalisateur. Et, chose plus rare dans le cinéma français, un parti pris tenu de bout en bout. C'est en découvrant le journal d'Alain Marécaux, « Chronique de mon erreur judiciaire », que Vincent Garencq, réalisateur sorti de la Femis et qui signe ici son second long métrage après Comme les autres en 2007, décide de le porter à l'écran. En 2001, Alain Marécaux, huissier de justice sans histoire qui vit à Outreau avec sa femme et ses trois enfants, se retrouve propulsé au cœur d'une sordide et prétendue affaire de réseau pédophile. On connait tous plus ou moins l'histoire, « le juge Burgaud » et « les acquittés d'Outreau » étant des noms repères qui doivent sans doute titiller les mémoires. Pour le metteur en scène, qui a trouvé en son producteur Christophe Rossignon un soutien sans faille, l'idée n'est pas de relater l'affaire d'Outreau dans son intégralité, mais d'adopter stricto sensu le point de vue d'Alain Marécaux.

C'est là la première réussite du film. Dès l'arrestation à 6h30 du matin des époux Marécaux, on se retrouve littéralement propulsé dans cette affaire dramatiquement rocambolesque. Durant les 1h42 suivantes, la caméra sera constamment postée derrière la nuque de l'huissier, nous faisant vivre de l'intérieur l'emballement d'une machine judiciaire devenue folle. Le battage médiatique, les rebondissements de l'affaire, l'acharnement d'un juge persuadé d'avoir levé un réseau pédophile ne sont montrés qu'à travers les yeux de Philippe Torreton, qui sert ce rôle avec une dévotion incroyable. Mais derrière cette « injustice judiciaire », il y a tout le parcours d'un homme qui n'aura jamais été présumé innocent et qui verra petit à petit se déliter tout ce qu'il a construit. Un parcours de toute une vie, aussi personnelle que professionnelle, s'effrite sous nos yeux, inexorablement, jusqu'à mener cet homme sur la voie du déshonneur, du désespoir et des solutions radicales.

Les choix de mise en scène de Vincent Garenq sont d'une précision et d'une justesse qui tiennent du miracle : de la lumière réaliste à l'aspect documentaire (la garde à vue et les interrogatoires humiliant, la prison, les transferts, l'inhumanité des institutions et de ceux qui en ont la responsabilité), en passant par une direction de comédiens impeccable, tout semble avoir été pensé, réfléchi, pour faire ressentir l'humain (et l'inhumain) et ne jamais verser dans le pathos. Outre la prestation habitée de Philippe Torreton, qui mériterait toutes les récompenses du monde, il faut également saluer les interprètes du juge Burgaud, le jeune Raphaël Ferret, et des couples Badaoui-Delay et Delplanque. Il aurait fallu peu de choses pour verser dans la caricature. Or, le juge Burgaud est à peine moins glaçant que ce qu'on a pu découvrir lors de son témoignage au temps de l'enquête parlementaire. Et concernant les couples par qui tout a commencé, on imagine une telle sécheresse sociale et culturelle, ici remarquablement suggérée par les interprètes respectifs, au point de se demander s'ils sont réellement des acteurs...

Reconstitution implacable de la descente aux enfers d'un homme, Présumé coupable est un film qui résonne longtemps dans nos têtes et nous fait quitter la salle avec un sentiment de révolte rarement atteint. Le but, lui, l'est assurément.

Découvrez la bande-annonce :

Publié le 08/09/2011

Tags : cinéma films philippe torreton presume coupable sortie en salle comme les autres omar m’a tuer vincent garenq noemie lvovsky alain marécaux blu ray

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Anonyme Le 25/09/2011

Je vous trouve "gonflé" de parler du calvaire de cet homme et de ses compagnons en entamant sur le thème "dossier de l'écran" je pense qu'il est en effet intéressant de pouvoir disserter de la justice en France en 2011 et de ses effets sur les citoyens et qu'il est temps de pouvoir ouvrir un débat public sur le sujet . Même si votre jugement se corrige un peu ensuite , je trouve votre introduction un peu légère .

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