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Margaux Fragoso : Au pays de l'indicible perversion
« J’avais 12 ans et j’étais une femme. J’avais 12 ans et l’amour bouillonnait en moi comme une sève ». Avec Tigre, tigre ! , roman autobiographique en lice pour le prix Médicis, Margaux Fragoso livre une écriture incisive, abrupte, sans concession. Une manière audacieuse et déroutante de décrire la relation complexe, à l’image de Christine Angot dans son dernier livre Une semaine de vacances, qu’elle a entretenu de l’âge de 7 à 22 ans avec Peter, de 43 ans son ainé… Et qui devient sous sa plume, un prédateur multirécidiviste au visage plutôt humanisant et vulnérable. Il faut dire qu’entre un père alcoolique, brutal et une mère suicidaire, c’est paradoxalement auprès de ce bourreau qu’elle trouva enfin la considération et l’”amour”. « Tu as dit que tu ferais tout. Tout ce que je voudrais. Tu as promis ». Il fera peser sur sa victime une culpabilité insidieuse et doucereuse. Telle la Lolita de Nabokov, Margaux a eu l’impression d’être la raison de vivre d‘un homme. Elle entra alors, malgré elle, dans un jeu de mimétisme pervers en se créant le personnage de Nina. Quand à lui, c’est petit à petit que Peter, le tigre, dans tout son désir de domination et de puissance animale, dans toute sa férocité furieuse, tuera d’une mort lente et tragique sa captive en faisant peser sur la fillette des séquelles psychologiques indélébiles. Ce roman questionne le poids du déterminisme dans la construction identitaire et dans la naissance des comportements pathologiques. « Sans Peter pour me voir, pour m’aimer, comment pourrais-je exister ? ». Et permet de comprendre ce que l’on a appelé le syndrome de Stockholm du nom de ces otages qui finissent par vouer une obséssante fascination envers leurs geôliers.
Un récit dur mais terriblement touchant, qui séduit par la force et le courage que cette jeune écrivaine a eu pour mettre des mots sur ses maux.

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Publié le 21/12/2012
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