« Dans quelques jours, j’aurai 48 ans, cet âge incertain où la maturité semble une acquisition mais qui est propice aux charmes de l’inédit, aux rêves de nouvelle vie ».
Ode à la liberté, au renouveau communicationnel, et à la quête d’ailleurs, Une certaine fatigue nous transporte, à la manière de Breton avec Nadja, dans le monde des possibles et des imaginables réversibilités situationnelles.
Prisonnier d’un « enchevêtrement administratif et comptable qui encadre chaque vie humaine », d’une société aseptisée au rythme de plus en plus effréné, d’une consommation poussée à son paroxysme, des nouvelles technologies à n’en plus finir, Patrick Berthet, architecte de 47 ans, est en chute libre vertigineuse. « Comment vit-on quand on devrait être mort et qu’une erreur, un contretemps, un faux départ vous accordent un sursis ? ». L’annonce de sa maladie puis de sa guérison, suite à une erreur de diagnostic, procurent à Patrick un besoin d’introspection et des envies d’ailleurs. Après avoir vécu avec fougue et intensité ce qu’il pensait être ses derniers instants de vie, avoir collectionné les « dernières fois », le « démon de l’acédie » s’empare de lui et Patrick plonge dans un état de torpeur, de constante indolence, et de spleen languissant. « Je me prenais aussitôt à regretter la majestueuse densité de la mort capable d’élever les moments les plus anodins à une hauteur rare ».
Se retirer
Il décide alors de quitter le foyer familial et son cabinet d’architecture, et de s’installer dans une chambre d’hôtel.
« Désormais, j’étais libre, prêt à recevoir les invitations du destin et à y répondre avec une disponibilité à laquelle peu de contemporains pourraient prétendre ».
Après Marx et Debord, c’est avec brio que Christian Authier s’interroge sur la grande comédie sociale dans laquelle nous vivons. L’auteur frappe là ou ça fait mal en remettant en question nos habitus de citoyens postmodernes : la soif toujours plus avide de progrès, la perte des liens sociaux, la solitude, l’embourgeoisement citadin. Il dresse une fine analyse de tous ces sentiments et rapports qui rythment nos vies : les souvenirs, la mémoire, le poids du passé, les rencontres qui marquent une vie, l’éducation, l’amitié, l’amour.
Voilà en tous cas un roman à la soif de liberté et au regard acerbe sur le monde dans lequel nous vivons. On apprécie également les flash-back musicaux et cinématographiques (Monty Python, Joy Division, Bruce Springsteen !).
Sans jamais tomber dans le pathos, Christian Authier, arrive à instiller de l’humour et du suspens (une chute admirable !) dans ce roman bien ficelé à l’écriture fluide et au vocabulaire riche, le tout en mettant le lecteur bien pensant en face de ses propres contradictions…

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Publié le 19/12/2012
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