Avant même sa sortie officielle, Watch The Throne a déjà marqué l'histoire de l'industrie du hip-hop à sa façon. Imaginez un peu : deux des plus gros artistes décident de collaborer sur un projet, l'artwork est réalisé par le styliste italien Riccardo Tisci, aucune promotion n'est faite en amont et enfin, pour la première fois dans le milieu, l'album sort d'abord sur iTunes avant d'atterrir dans les bacs, évitant ainsi tous risques de fuite sur internet. Tout ça bien sûr sans parler des deux écoutes de l'album organisées à New York, pour une poignée de journalistes triés sur le volet et qui se sont déroulées dans une chambre d'un hôtel de luxe et au Hayden Planetarium.
Mais qu'en est-il de la musique ? Si le premier single H.A.M. (*voir vidéo ci-dessous) produit par le très bon Lex Luger avait laissé de marbre les auditeurs, le second morceau Otis (*voir le clip ci-dessous) (avec son sample de Try A Little Tenderness d'Otis Redding) a déclenché l'enthousiasme chez la plupart des gens. Sur une production un peu simple, voire brouillonne assurée par Kanye West, les deux artistes s'en donnent à cœur joie, enchaînant les rimes avec un plaisir assez communicatif. Quoi qu'il en soit, les deux premiers titres avaient de quoi laisser dubitatif surtout par rapport à l'attente générée par le projet.
Le 8 août, Internet était sens dessus dessous, et la plupart des réseaux sociaux ne parlaient que de Watch The Throne. Certains s'empressant de l'estampiller « classique » et d'autres crachant leur haine. La plupart n'ayant même pas pris soin de bien l'écouter.
A la première écoute, l'influence de Kanye West sur le projet se fait tout de suite sentir. A l'image du dernier album du rappeur/producteur de Chicago, tout est grand. West a d'ailleurs peut-être même créé son propre style musical : le prog-rap. Un peu comme le rock progressif, la musique part dans tous les sens et il n'est pas rare d'entendre un morceau changé d'ambiance en plein milieu d'une piste. Pourtant l'album démarre sur une production assez minimaliste : No Church in the Wild avec son sample de guitare, ses synthétiseurs et sa basse vrombissante. Frank Ocean, qu'on ne présente plus, assure le refrain et donne une dimension planante au morceau. Une très bonne entrée en matière. Le chanteur affilié au collectif Odd Future est aussi présent sur Made It In America, la ballade de l'album. Dès la deuxième piste, tout s'accélère; sur Lift Off avec Beyoncé, les ambitions musicales de Jay-Z et Kanye West sont explicites : la musique de Watch The Throne est démesurée. Sur des notes de claviers conquérantes, Beyoncé monte dans les aïgues pour le refrain et le break final alors que les deux artistes rappent chacun leur couplet. L'auditeur est prévenu : on passe désormais aux choses sérieuses. Les très bons morceaux s'enchaînent : le club banger Niggas In Paris, risque de faire du bruit dans les boîtes de nuit de la capitale et tourne déjà en boucle sur les ondes américaines, l'excellent Gotta Have It avec son sample indien et l'utilisation ingénieuse d'un sample vocal de James Brown et la bombe New Day produite par RZA, où chaque rappeur écrit une lettre à sa future progéniture.
S'en suivent les deux morceaux les plus faibles du projet : That's My Bitch où l'essai infructueux de remettre un classique d'Apache au goût du jour et l'horrible Welcome To The Jungle produit par Swizz Beatz. Ce dernier apparaît plus en forme sur l'excellent Murder To Excellence co-produit avec Symbolic One (le producteur de Power de Kanye West). Who Gon Stop Me (et son sample de l'incroyable I Can't Stop de Flux Pavilion) et Why I Love You (sample de I Love You So de Cassius) sont sans aucun doute possible les deux bombes de l'album et les morceaux où Jay Z a le plus d'énergie au micro, délivrant au passage des couplets mémorables. A ce niveau là, le business man reste fidèle à lui-même. Il pose sans se forcer, fait preuve d'une écriture toujours juste et remplie de figures de style. Kanye West, quant à lui, confirme qu'il fait bien partie des meilleurs rappeurs du moment et semble heureux d'avoir enregistré ce projet avec son « grand frère ». Son énergie au micro pondère la nonchalance de Jigga.
En conclusion, il est encore trop tôt pour juger si oui ou non Watch The Throne est un classique, cependant, même si l'album est inégal, il contient quelques très bons morceaux qui risquent de squatter vos sélections pendant de longs mois.
Voici les vidéos de Otis et H*A*M :
Publié le 12/08/2011
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5 réactions :
Encore un très bon boulot de Kanye West et Jay-Z, toujours beacoup de créativité, et de bonne prod. On nous sert toujours quelque chose de nouveau et de plaisant. Il font bien évoluer la musique. Petit point négatif tout de même ce sont les 4 titres seulement disponible sur la version bonus, un peut décevant pour un album de 12 pistes. J'aurais aimer écouter HAM, dommage.
Je partage votre avis, un album lourd qui reprend la suite du fameux et non moins tout aussi Fat "my beautifull dark twisted… de Kanye ! J'attendais avec impatience de nouveaux sons du génie Kanye, me voila servi.
Un album que l'on peut qualifier de classique, de masterpiece...l'osmose de Ye et Jigga est flagrante, Le chicagoan a su mijoter des beats de malades en compagnie de poids lourds du domaine dont noID, Swizz, Simbolic One et surtout les légendes que sont LE Soul Survivor Pete Rock et LE RZA ! "No church in the wild" est une merveille, véritable patchwork de samples et une force toute en retenue, "Niggas in Paris" une bombe bien swagguée, "New Day" fluide et encore merci au RZA pour le sample de Nina Simone "I feel good"...c'est juste énorme ! Sinon violence de légèreté et de figures de style sur "Illest Mofo alive" ou bien "Murder to excellence" qui nous rend le vrai Swizz Beats qui commençait à s'enfermer dans des beats apocalyptico-scientifico-fictif électroniques à faire mourir un cardiaque....et que dire d'Otis ?... stop ! cet opus est juste FAT !
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Bon pour les "classics, masterpiece" etc on repassera, ce projet ne s'approche pas des meilleurs travaux de ces 2 là en solo, après on va pas faire la mauvaise langue, le disque est plutôt cool, addictif même. Kanye et Jay au micro fournissent le minimum syndicale, de la frime, des thunes, du champagne, un poil d'émotion, jusqu'à l'envolé lyricale de Jigga sur Why I Love You qui rappelle pourquoi on l'appelait jadis the godfather flow. Un peu sévère dans la critique concernant That's My bitch qui est assurément le morceau le plus fun du disque, et Welcome to the jungle qui est du Swizz Beatz "traditionnel" qui rappelle un peu l'époque Ruff Ryders, simple mais efficace. Un disque très cool, qui permet de faire patienter jusqu'à la prochaine galette de Jay-Z.
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