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Rouge gueule de bois, une gueule presque rouge et pourtant cirrhose

Interview

Rouge gueule de bois, une gueule presque rouge et pourtant cirrhose

Acheter Rouge gueule de bois

 

Existe t-il des livres de comptoirs, comme il existe des livres de chevets ? Oui, mais cette littérature est réservée aux seuls initiés. Des livres que l'on aime lire sur le siège d'une bagnole qui roule les vitres ouvertes, sur la banquette de notre bar préféré, dans l'herbe après un pic-nique arrosé entre amis, au bord de la piscine, le soir, un dernier cocktail à la main.

 

En réalité, c'est le cas pour la majorité des livres  mais certains s'y prêtent mieux. Certains sont chaleureux comme un vieux copain qui passerait à la maison, comme un souvenir oublié qui revient. 

Rouge gueule de bois est de ceux là, ceux que l'on oublie pas et que l'on a l'impression de connaître par coeur. Bien évidement vous allez me dire et la surprise si on le connait ? eh bien la surprise est à chaque relecture bande de tire aux flancs.

Un grand homme du sud de la France à dit un jour : "les bons livres c'est comme la ratatouille, c'est bien meilleur réchauffé" -et avec beaucoup d'oignons mais je ne vois pas très bien le rapport avec la littérature. Nous nous égarons.

Rouge gueule de bois, c'est un monde à part.

Pour aller plus loin dans notre approche - et pour ceux qui n'auraient pas encore eu le réflexe d'acheter ce livre - suivez mon regard - nous nous sommes permis de poser quelques questions à l'auteur. 

  

 

1/Quel a été pour toi le point de départ du livre ? Une fascination pour Frédéric Brown ? 

Léo Henry : Brown a écrit deux bouquins essentiels pour moi : la collation de nouvelles courtes (voire, très courtes) de Fantômes et farfafouilles et le roman noir atmosphérique La Fille de nulle part. Des livres très différents dans la tonalité, la manière, les impressions, mais qui laissent deviner, en filigrane, la main d'un auteur, Fred Brown. Ce sont des lectures de formation, à l'adolescence. J'y suis revenu plusieurs fois depuis, et puis je suis tombé sur des notices biographiques. Le petit bonhomme que j'ai découvert m'a plu.

Brown est un écrivain très abordable, populaire, sympathique. On sent qu'il veut être l'ami de son lecteur. C'est aussi un garçon désespéré, qui cache mal derrière sa prose une faille insondable. Il a passé les dix dernières années de sa vie sans écrire un mot, à se tuer à petit feu avec du très mauvais alcool, sous le regard atterré de sa veuve. C'est tout ça qui m'a plu : les livres, les anecdotes, la voix.

Brown a aussi un statut un peu particulier en France, où il a toujours eu, et conserve aujourd'hui encore, un groupe de fans. Je pense que c'est le pays au monde où on le connaît le mieux. Ses grands livres, en polar comme en SF, sont toujours réédités et lus. Dans les années 80, presque tous ses textes ont été traduits ici, et l'essentiel de la doc sur la fin de sa vie a été faite de ce côté de l'Atlantique. Quand j'ai découvert l'anecdote sur le projet de film avec Vadim, il m'a semblé que ça bouclait la boucle. Faire un portrait de Brown, montrer les E.-U. vus par un frenchy, reconstruire puis détruire les 60's, faire du roman de genre, rigoler, porter un toast.

 

2/Tu mêles plusieurs personnalités et personnages du monde le la sf dans ce road trip dantesque, comment aborde t-on un sujet comme ça ?

L. Henry : Ma meilleure doc a été une dizaine de vieux numéros de Playboy d'époque achetés chez un bouquiniste. Incroyable magazine. Et pas que pour la fille dévêtue sur le poster central. C'est un canard qui a, sinon changé la donne, du moins documenté très finement les mouvements de l'époque.

Il y a des pages et des pages de courrier de lecteurs, débattant de toutes les questions morales soulevées par les articles. Hefner y tient une chronique régulière où il se fait prophète de la révolution des mœurs. L'hédonisme, la libération sexuelle, le voyage, les arts, le bel objet. C'est aussi le journal avec l'ours le plus chic de l'histoire : nouvelles de Roal Dahl, de Kerouac, articles d'Huxley ou de Bradbury, interview de dix pages de Dali ou Cassius Clay, prix annuel pour les artistes de jazz. Un archétype de la presse masculine, en cela aussi qu’il invente une nouvelle espèce, le bachelor sensible, dont Vadim est un représentant majeur.

Barbarella est un peu son pendant féminin, une exploratrice de SF gironde et sachant ce qu'elle veut. Dans les bédés de Forrest, c'est une des héroïnes avec le rapport à la sexualité le plus positif du genre. Ni victime, ni dominatrice, elle est entièrement maîtresse de son corps et de sa destinée, ouverte aux expériences, amatrice de plaisir sans en faire son unique aspiration... La version filmée par Vadim lui fait perdre un peu de ce côté funky. Reste, pour l'amateur de belles choses, le strip tease en apesanteur de Jane Fonda pendant le générique d'ouverture. Comment Vadim a réussit à convaincre sa féministe de femme de se prêter à ce petit jeu, voilà un nouveau mystère.

  

3/Les routes américaines, les Hells Angels nazis, les paumés, les envahisseurs, l'alcool comme amie fidèle, … on pense tout de suite à nombre de livres et de films qu'il serait épuisant de tous nommer ici, qu'est ce qui t'inspire - et transpire - dans ton écriture en général ?

L. Henry : Ici c'est surtout le fantasme des 60's qui m'a guidé. Ce qui a sédimenté depuis, le mythe. Il y a les vagabonds post-beat, les premiers surfers, les proto-hippies, les Hell's Angels, les communauté lysergiques menées par Leary, le déferlement des philosophies orientales, la nouvelle vague française, le sexe sans sida, James Bond, la cocktail culture, les comics, la pop musique, etc.

Un truc sur les Etats-Unis, aussi. L'après-guerre, c'est le moment où la représentation de ce pays devient hégémonique, où sa culture devient un outil de propagande international. Depuis ce temps, l'Amérique est une banlieue de nos univers mentaux. Et en retour ce rôle façonne, à mon avis, la réalité de ce que sont les Etats-Unis aujourd'hui.

C'est une des raisons pour lesquelles j'ai voulu, après avoir écrit le roman, me rendre sur les lieux de l'action et voir par moi-même. Mesurer la distance entre le monde présent, l'histoire de la vie de Brown, la fiction du dedans de ma tête.

  

4/Le livre s'accompagne d'un important et intrigant paratexte (citations, notes de voyages et cartes, index, recettes de cocktails,...), quid de la post-modernité ? 

L. Henry : La carte c'était pour faire comme dans un livre d'heroic fantasy, les lieux, le trajet du héros. Les notes de voyages prétendaient documenter le roman à rebours, vérifier sur place ce que je m'étais contenté d'imaginer. J’avais détruit le monde dans le livre et voulais aussi m'assurer qu'il était toujours là. Je garde de bons souvenirs de cette balade, même si c'était un peu  affreux. Il venait d'y avoir un tremblement de terre au Mexique, les E.-U. étaient en pleine crise économique, les routes pleines de hobos ou de démobilisés d’Irak. Une sorte de miroir noir des 60's étincelantes.

L'index est pompé à Perec et sa Vie : mode d'emploi. Ouvrir des pistes, préciser des choses, raconter de nouvelles histoires par le jeu des aller-retours. Les recettes de cocktails sont là uniquement pour moi, quand j'ai des invités, ne pas passer des plombes à les chercher dans mes petits papiers. 

Les citations sont tirées de ma doc. Je voulais attester d'un fond réel à cette histoire, prouver que ça aurait pu se produire, que Vadim voulait bien faire ce film avec Brown, etc. 

Tout ça, sans doute, suggère de façon un peu grossière qu'un livre n'a pas de frontière. Qu'il s'étend au-delà de ses pages, devant, derrière, au-dessous. Que c’est un bout d'univers aux contours mal définis, un greffon de réel, peut-être. C’était vrai de tout temps, mais l’accès universel à l’information renforce grandement cet état de fait. 

 

5/ Tu travailles habituellement sur des formats plus courts, nouvelles et bandes dessinées, comment s'effectue le passage au roman ? Et pour la suite ?

L. Henry : C'est assez long d'écrire une bédé, tout de même. Mais tu as raison, ce n'est pas tout à fait le même exercice. 

Crumley dit quelque part que, pour écrire, la seule façon de faire c'est de s'assoir sur ses fesses et de se mettre au boulot. "Et pour écrire longtemps ?" demande l'intervieweur. "J'ai les fesses très dures". C'est la seule différence au niveau du travail, s'endurcir les fesses. Passer des mois sur le même texte au lieu de quelques jours. Essayer de ne pas se décourager. Rouge gueule de bois est un premier roman, mais il vient après pas mal de boulots de longue haleine non publiés. Je savais à peu près où je mettais les pieds.

Pour la suite, en fiction, je taffe sur un gros livre, une vraie folie en terme de documentation, pour lequel je voudrais ne mettre aucun paratexte. C'est un récit hagiographique qui se passe en Allemagne au XIIe siècle, j'espère l'avoir fini pour une parution en 2015. En même temps, pas mal de trucs pour m'aérer la tête, des nouvelles, un polar régional sous pseudo. On a aussi des envies de bédé avec Stéphane Perger, des idées.

Dans le dossier "fini ou presque", quatre livres à venir pour les neuf mois qui viennent : une réédition augmentée et numérique de mon premier recueil de nouvelles (Les Cahiers du labyrinthe), un petit roman de jungle coécrit avec Jacques Mucchielli, numérique également (Sur le fleuve), un troisième livre en coopération autour de la ville imaginaire de Yirminadingrad (Tadjélé) et un recueil de vingt nouvelles à La Volte début 2013 (titre à trouver). Ouf !

 

  

C'est avec impatience que nous attendons la suite donc.

Bien que pour les plus chanceux d'entre vous - selon la formule consacrée - Léo Henry est l'auteur de plusieurs bandes dessinées et d'un grand nombre de nouvelles que vous pouvez trouvez ici ou là, et en particuliers dans les différents recueils ci-dessous.

Mais piochez sans réserves dans les revues Fiction, Bifrost, ou encore dans le collectif Retour sur l'horizon (Denoël - Lunes D'encre) où l'on trouve l'un de ces plus fameux textes Les Trois livres qu'Absalon Nathan n'écrira jamais.

Faites aussi un petit détour par son site internet, vous y trouverez des humeurs, des idées, des réflexions, des carnets et fictions de voyages, des nouvelles inédites, ... 

 

Publié le 22/05/2012

Tags : frédéric brown lettre littérature livre léo henry martiens go home rouge gueule de bois science-fiction la volte roman interview road trip alcool 60's

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