Passionnément
Nouveaux Millénaires, le K. Dick revisité
« Depuis une semaine, Mr R. Childan guettait avec anxieté l'arrivée du courrier. Mais la précieuse expédition en provenance des Etats des Montagnes Rocheuses n'était toujours pas là. »
... le fichier en lecture est introuvable, vous devez vous reconnecter...
A ce stade Mr Bluthgeld était parvenu jusqu'au magasin sans encombre.
Il franchit le portique chantant qui s'activa quelque part au niveau des micros osselets de son oreille interne : « Bienvenue à FnaK Renaissance Mr Bluthgeld, content de vous revoir, il y a tout ce que vous souhaitez à FnaK ». Il se remémora un très vieux dicton : il n'y a que le premier pas qui coûte, et il bascula vers la première zone prévue.
Depuis des mois, mais peut-être n'était-ce qu'une poignée de jours, c'était difficile à dire, il dormait mal. Son sommeil s'était vu peu à peu envahi d'un rêve sournois dont même les plus puissants des produits médicamenteux dispensés par la pharmacothèque pneumatique de son carré domotique n'avaient pu endiguer le flot. Songe récurrent d'une fille brune, assise devant son synclavier, accompagnée d'un orchestre classique fait d'entités biomécaniques indistinctes, pour une partition toujours frénétique, et s'achevant irrémédiablement par son réveil brutal et parfois nauséeux.
Si votre femme vous dit : "Chéri, que dirais-tu pour redonner du peps à notre relation que nous allions faire du shopping ?". Ne vous braquez pas, et répondez avec amour : "Oui, ma chérie, belle idée ! Justement si on allait de ce pas à Fnak, il y a tout nos désirs à Fnak !" - Fnak, la Kulture pour tous, sans danger si l'on se conforme au mode d'emploi...
FnaK Renaissance était beaucoup plus petit que FnaK Centrale ou même Jonction. Les carrés Konso était moins harmonieusement disposés du fait de la verticalité du bâtiment : on tombait de zone en zone au lieu de les parcourir horizontalement, de fait ils avaient dû ralentir l'écoulement du temps –une fortune en ingénierie ! sans parler des autorisations nécessaires – pour que l'on puisse parcourir l'ensemble des propositions Kulturelles. Après tout c'était pour cela qu'on venait, la Kulture, à moins d'être furieusement déconnecté et de tenter de s'en procurer sous le kevlar à vos risques et périls. Il flotta donc jusqu'à la zone attendue, sa chute interrompue par le conseiller du lieu.
« - Bonjour, Mr Bluthgeld, et bienvenue à FnaK Renaissance, puis-je vous orienter ? juste ici le carré news, rafraîchie de ce matin, si vous le souhaitez je...
- Oui, bonjour, merci mais je cherche Clara, vous savez si...
- Klara ? Désolé mais je ne crois pas qu'une personne de ce nom soit conseillère à Renaissance, je peux cependa...
- C'est une jeune femme brune, je viens souvent. Elle m'a mis des produits de côté, c'est important... ».
Le regard du conseiller se voila d'une lueur bleue l'espace d'un millionième de seconde, et Klara tendit enfin à Mr Bluthgeld ses achats dûment débités en le remerciant "et au plaisir de vous revoir à Fnak Renaissance !". Elle retourna vivement vers ses fichiers produits en attente de traitement, elle devait s'attacher à rester le plus normal en apparence sous peine d'être repérée. Pour l'instant les trackers étaient sans doute encore à la poursuite de Mr Bluthgeld, mais en toute fin de traitement du réel, et surtout en absence in fine des marchandises, ils feraient promptement demi-tour. Il lui faudra alors à nouveau donner le change, même si les fichiers étaient désormais à nouveau en sa possession, ça n'allait pas être facile de s'éclipser. Klara renseigna encore deux clients, avant de disparaitre en même temps qu'elle débita le second, un vieux monsieur avec sa réplique Cairn terrier dans les bras, un fidèle de ce Carré Konso, et qui serait loin au retour des trackers, du moins l'espérait-il...
Encore à mi-chemin de son carré domotique, le petit chien murmura quelque chose à l'oreille de Mr Isidore Jack. Le vieil homme posa le synthétique au sol puis continua comme si de rien n'était. L'animal se précipita ventre à terre et chargé de fichiers dans une ruelle étroite, juste au moment où on appréhendait son maître. Il traversa machinalement au ras des piétons une série de croisements, bifurqua à plusieurs reprises pour se mettre à couvert des principaux grands axes urbains, parcourut encore quelques mètres et parvint à destination : le Lucky Dog, boutique d'aliments pour animaux. La propriétaire du lieu apparut derrière le comptoir tandis que le Cairn terrier s'effondra progressivement du museau à la pointe de la queue. La femme vérifia le contenu des fichiers tout en s'assurant que les contre-mesures de l'établissement tiendraient les trackers à distance au minimum les deux prochaines heures. Puis elle descendit au sous-sol où l'attendait l'iRemington perpétuellement sous tension et prête à l'usage.
Jane Kindred Dick, en petite Oudini du code, était donc parvenue à récupérer l'ensemble de ses rapports. Il lui fallait maintenant y réorganiser au plus vite la réalité avant qu'ils ne lui mettent la main dessus. Elle s'assied et ses doigts filèrent sur le clavier comme jamais... les mots prirent forme sur l'écran :
« M. R. Childan avait beau scruter son courrier avec anxiété depuis une semaine, le précieux colis en provenance des Rocheuses n'arrivait pas. »
La porte d'entré du Lucky Dog affichait « Je reviens de suite ».
Le maître du Haut Château
Philip Kindred Dick
Roman |
broché |
J'ai Lu |
février 2012
Publié le 25/04/2012
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