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Hommage à Ray Bradbury 1920 - 2012

Hommage

Hommage à Ray Bradbury 1920 - 2012

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Ray Bradbury 22 août 1920 - 6 juin 2012...

 

S’il n’était au coeur de nombreuses prescriptions de lectures scolaires, on pense à l’ininflammable Fahrenheit 451 bien sûr (nous y reviendrons), mais aussi aux Chroniques Martiennes, il est certain que le nom de Ray Bradbury n’évoquerait pas grand chose à nos têtes blondes soumises au diktat de l’immédiateté et de la technologie de confort.

Car il faut dire que ce grand écrivain notamment de Science-Fiction, qui vient de nous quitter à l’âge de 91 ans, ne cachait pas ces dernières années son aversion, à tout le moins sa méfiance envers les nouvelles technologies de l’Homo modernus consommatus. A son goût : trop d’internet, trop de tablettes, et autres machines envahissantes et aliénantes de notre quotidien. De là à en faire un barbon réactionnaire il n’y eu qu’un pas que d’aucuns franchirent  allègrement. Procès d’intention facile et raccourci hâtif qui mettent en lumière la profonde méconnaissance de l’œuvre et de son auteur. Un peu comme si au sortir de la lecture de Fahrenheit 451 on en déduisait qu’il s’agissait d’un roman contre les pompiers.

On clôturera la non polémique par cette fameuse citation de Bradbury : “You don’t have to burn books to destroy a culture. Just get people to stop reading them.”

Passons…


Romancier incontournable, fabuleux nouvelliste, auteur d’essais, de poèmes et de pièces de théâtre, ayant travaillé aussi bien pour le cinéma que la télévision, associé à de nombreux projets en extra (Pavillon des Etats-unis de L’exposition Universelle à New-York en 1964 ; association créative avec  Disneyland etc), Ray Bradbury était à l’aise aussi bien dans le genre Science-Fiction, tout autant voire plus dans le Fantastique (La Foire des Ténèbres est un immense roman initiatique qu’il faut avoir lu !) et la littérature au sens large (La Solitude est un cercueil de verre ; La Baleine de Dublin).

Né à Waukegan en Illinois le 22 août 1920, il commence à écrire dès l’âge de 11 ans. Pleinement autodidacte, malgré un cursus universitaire, le futur écrivain fera  pas mal de petits boulots avant de vivre décemment de sa plume à partir de 1943, produisant quantités de romans, et encore plus de nouvelles, qui se caractérisent toutes par une poésie pessimiste et la primauté des rapports humains. Son œuvre mainte fois saluée reçue de nombreux prix d’importance (le World Fantasy Award en 1977, le Nebula en 1988, le Bram Stoker Award en 1989, et d’autres), et le Prix Nebula du meilleur scénario qui préexistait depuis 1973 est devenu en 2009 le Prix Ray Bradbury… logique retour des choses.

Malgré une production importante, tant en quantité qu’en qualité ce sont véritablement deux romans qui vont mettre en lumière l’auteur auprès d’un large public : Chroniques Martiennes en 1950et surtout Fahrenheit 451 en 1953. Sur le premier, critique sociale directement rattachée au genre SF, c’est un récit de colonisation et de confrontation avec l’Autre qui puise ses racines dans le contexte de son époque de rédaction, à savoir la peur de l’atome et les affres du MacCarthysme. Hors de ces considérations demeure une belle œuvre aux thèmes toujours sensibles mais au style un peu daté si l’on souhaite mon avis. On choisira ici de se pencher plus avant sur le second roman.

« Fahrenheit 451, la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume… »

Ce récit d’anticipation (on dira de dystopie pour séduire les marketeux !) propose la vision sinistre d’une société totalitaire où les livres sont désormais interdits, où même toute trace écrite est jugée comme dangereuse à l'équilibre des individus et partant de la paix sociale. Les grands œuvres écrites qui ont fait la culture de l’Humanité sont désormais persona non grata dans les foyers et lieux publics, de même que l’on traque toute forme de texte. Pire une brigade de pompier spécialisée est chargée de les brûler. Le concept même du soldat du feu pyromane en dit déjà long sur l’inconscient de ce modèle de société et l’inversion des valeurs qui y règne. A l’opposé l’usage de la télévision est encouragé, et il est amusant au passage de noter que dès les années 1950 Bradbury imagine déjà nos larges écrans plats, l’interactivité manipulatrice et l'omni-présence de la publicité, voire de la sinistre télé-réalité ! Car il faut bien supprimer le dernier moyen de s’isoler de l’abrutissement généralisé, à savoir le livre. C’est par les yeux d’un de ces pyromanes d’Etat, simple exécutant de la technocratie que Bradbury déroule son histoire. Professionnel  consciencieux, trouvant un temps dans son travail un contre-point à sa vie privé apathique, le personnage du pompier Montag va découvrir toute la portée de ses actes et rejoindre la résistance, car en secret les lecteurs s'organisent... Fahrenheit 451 étant aussi un merveilleux livre sur la conscience et la mémoire, où le style délicatement poétique de Bradbury contraste avec la teneur pessimiste du propos.

Ce texte écrit en 1953 demeure toujours aussi efficace et de par son statut aujourd'hui de classique s'affranchit largement des limites de l'étiquette Science-Fiction comme souvent les oeuvres à la portée universelle. Lecteur boulimique ou frugal, il faut avoir lu Fahrenheit 451, tant les interrogations du roman résonnent largement dans notre quotidien à la réalité tronquée par la sur-communication et le « placement produit ». D’ailleurs on est en droit de se demander ironiquement si la purification par le feu n’est pas en passe d’être subtilement remplacée par la noyade informationnelle et la dématérialisation en devenir… Angoissant effet de la technologie et du culte de l’immédiat dans une société voulue comme « axiologiquement neutre » (au sens où l'entend le philosophe Jean-Claude Michéa), perpétuellement interconnectée, et où pour réaliser le meilleur des mondes on en viendra gentiment à escamoter le support autrefois privilégié de sa critique et de son interprétation, à savoir le livre.

C’est donc peut-être bien Gutenberg qu’on assassine, par la noyade si ce n’est par le feu, c’est plus discret plus hygiénique aussi, plus moderne dirons-nous…

Technophobe Bradbury ?!

Non, comme tout bon écrivain de Science-Fiction, juste avec un temps d’avance !


Publié le 08/06/2012

Tags : ray bradbury fahrenheit 451 fantastique chroniques martiennes écrivain romancier ray douglas bradbury science-fiction roman sf littérature livre hommage anticipation dystopie folio folio sf gallimard denoël la foire des ténèbres

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Anonyme Le 07/10/2012

ZERO réaction ?!?!?!! Comment se fait-il ??! ce 'monument', ce 'pape' de la SF du siècle dernier ne déclenche AUCUNE réaction ?? au moment de sa disparition...Alors nous sommes bien en danger; et son FARENHEIT bien trop 'doux' ! Revoyez au moins le film de Truffaut, adaptation réussie (avec la belle Julie Christie !); et puis que chacun se mette au travail en suivant les conclusions de cette histoire archi pertinente !!!

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