Les parutions en fantasy sont très nombreuses et, au-delà de l'évidence qu'on ne peut pas tout lire de ce qui sort chaque mois, il faut quand même s'envoyer pas mal de titres pour extraire le bon grain de l'ivraie. Personnellement je suis bon public et trouve mon bonheur autant dans un Feist que chez Glen Cook ou encore Mary Gentle, autant donc dans ce que l'on appelle parfois la "big commercial fantasy" que dans les oeuvres un peu plus pointues du domaine.
En même temps peut-être faut-il évacuer immédiatement un point important au sujet des deux titres de Justine Niogret qui nous intéressent ici, à savoir que ni Chien du heaume ni Mordre le bouclier (quels titres justement !) n'appartiennent véritablement à la famille de la fantasy mainstream. Plus exactement pas à ce que les amateurs du genre dévorent d'ordinaire : ainsi on n'y trouvera pas de dragon, d'elfe, de nain, ni aucune autre créature d'un bestiaire rebattu ou inventé, si ce n'est sous forme symbolique à l'image du personnage traumatisant de la Salamandre ou du superbe Chevalier Sanglier.
Quant à la magie, autre topique incontournable de cet imaginaire, elle prend d'avantage effet dans l'écriture de Justine Niogret que comme ressort de l'histoire. On suit ainsi la quête d'identité de la guerrière surnommée Chien, orpheline arpentant champs de bataille et paysages en déréliction de la France du Haut Moyen-Âge. Un sublime personnage de femme inflexible et figure centrale d'un récit à l'écriture fine, précise et d'une beauté aussi tranchante que la hache fétiche de l'héroïne.
Vocabulaire recherché et lexique maitrisé, subtilité et qualité de l'expression, puissance des évocations et des images, personnages charnels et profonds,... on en finirait plus d'encenser cette écriture magnifique et salutaire, véritable coup où ça fait mal à la médiocrité ambiante. Dès les premières lignes, sauvages et tendues, Justine Niogret nous saisit au col, nous jette au sol avec fougue et ne nous lâchera plus jusqu'à l'ultime page de son récit. Habitué aux tendres fariboles des conteurs du commun, on n'a rien vu venir... secoué et chahuté, pour ne pas dire plus, par une écriture et une oeuvre en état de grâce, un récit où le cheminement intérieur des personnage l'emporte sur l'action, et où les rives courantes de la fantasy sont submergées par la littérature. Il est dès lors acquis que les écrits de Justine Niogret se doivent de figurer en très bonne place dans votre bibliothèque.
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Publié le 24/02/2012
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Une gonzesse qui a des couilles mais reste une femme, attention ! C'est tellement rare de prendre du plaisir à lire de la "fantasy" qu'il faut bien le dire lorsque c'est le cas. Ici, l'écriture est fluide et élégante pour une vraie histoire de guerre, et la guerre c'est sale, ça pue. Et dans tout ça, Chien est lumineuse comme une sainte. Ecrivez nous encore plein de beaux livres comme ceux-ci.
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