Noël 2004. Henry, Maria et leurs trois garçons, Lucas, Simon et Thomas, arrivent en Thaïlande pour les fêtes. Dans le cadre paradisiaque d’un complexe hôtelier situé en bord de plage, les cinq membres de cette famille vont essuyer la pire des catastrophes naturelles du début de ce siècle. Vivants, mais séparés en deux groupes, il va leur falloir traverser une terre dévastée et puiser au plus profond de leurs ressources pour se retrouver.
Il est tout à fait légitime de ressentir une certaine gêne à l’idée qu’un drame aussi meurtrier (plus de 200 000 morts) puisse être exploité sur grand écran et devienne le sujet d’un film de fiction. D’autant plus quand cette catastrophe reste encore très présente dans toutes les mémoires. En 2008, Vinyan, film semi-expérimental réalisé par Fabrice du Welz avec Emmanuelle Béart, prenait déjà cet événement pour point de départ mais nous emmenait vers des chemins particulièrement tortueux et torturés.
Après le brillantissime L’Orphelinat, premier film de Juan Antonio Bayona réalisé en 2007, le cinéaste ibérique bénéficia d’un réel crédit quand il fut question de s'atteler à cette reconstitution. Et autant dire que le prodige de 37 ans ne trahit pas les espoirs qu'on a placés en lui. En se basant sur l’histoire vraie d’une famille espagnole (devenue anglaise pour cause de superproduction à 30 millions de dollars), dont tous les membres s’en sortirent miraculeusement indemnes ce jour-là (d’où le titre), Juan Antonio Bayona réussit haut la main ce qui, il faut le rappeler, constitue là seulement son deuxième long métrage.
Très vite, avec l’arrivée forcément spectaculaire des images de la déferlante, les intentions de Juan Antonio Bayona sont claires : coller sa caméra au plus près de l’épiderme de ses personnages. Car le réalisateur n’est pas tant intéressé par la reconstitution du carnage (fort heureusement !) que par la relation d’une puissance irrationnelle qui lie les membres de cette famille. En s’attardant notamment avec une formidable dignité aux réactions de Maria et Lucas, Bayona parvient à rendre concret ce lien à la fois ténu et formidablement solide qui existe entre une mère et son fils. Ces séquences, qui offrent des instants de pudeur et de sincérité crues, donnent au film de Bayona tout son sens.
Évidemment, on peut voir l’ombre de Steven Spielberg planer en permanence sur le film. L’odyssée de Lucas ressemble parfois à celle de Christian Bale dans Empire du Soleil, le raz-de-marée est traité comme le monstre des Dents de la mer, et quelques codes symboliques (le ballon rouge) renvoient directement au réalisateur de La Liste de Schindler. Mais le film de Bayona procure suffisamment de scènes singulières pour qu’on ne lui reproche pas de singer le maître. L’ouverture et la conclusion du film se répondent de manière sublime et la magnifique parabole sur les étoiles donne un sens réellement universel au film. Car à travers le destin hors du commun des cinq membres de cette famille, c’est évidemment à toutes les victimes de ce cruel cataclysme que Juan Antonia Bayona rend hommage.
Il ne faudrait évidemment pas oublier de relever les prestations de ceux par qui ce mélodrame déchirant prend corps : Ewan McGregor (la scène du téléphone portable), Naomi Watts et Tom Holland (la révélation du film). The Impossible confirme l’incroyable talent d’un réalisateur qui signe-là un véritable manifeste sur la puissance de l’humanité. Y croire, c’est bien, fallait-il encore réussir à l’illustrer. C’est chose faite.
Publié le 22/11/2012
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