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Big Boi ou l’art du mélange
Admettons. On pose la question aux amateurs de hip-hop : qui a eu l’univers artistique le plus complexe au sein du groupe Outkast ? On peut légitimement penser que la très grande majorité des réponses pencheront vers le fantasque Andre 3000. Et bien, ça serait faire offense à Big Boi, rappeur plus classique que son compère certes, mais qui, tout au long de ce disque montre qu’il sait parfaitement tirer son épingle du jeu grâce à une facilité à mélanger les styles. "Débarrassé" des excentricités de son collègue (qui n’apparaît pas au tracklisting), Boi prouve qu’il est certainement un des rappeurs les plus sous-estimés du game. Avec ses rimes ciselées, son flow expérimenté et sa science de l’écriture, le rappeur de 37 ans en remontre aux petits jeunes qui poussent. Sa force ? Le mélange. Fan de rock indie et de musique électronique, il ne se prive pas pour se servir dans ces styles pourtant assez éloignés du rap.
Avec lui, le mélange devient pourtant une évidence. Toutes les prods du disque ou presque mixent hip-hop strict et autres styles, à piocher dans le funk, le jazz, le rock ou le blues, mais il y a des moments de profondes surprises quand il rappe sur des sons sur lesquels on ne l’aurait pas forcément attendu. La surprise est là ! On pense notamment au titre Objectum Sexuality avec le groupe de rock indie Phantogram (qui intervient sur plusieurs autres morceaux). Si étonnante soit-elle, cette collaboration est toutefois complètement réussie. C’est ce genre de morceaux qui, au final, définit la couleur de l’album. A tel point que l’on peut tout à fait être surpris lors de la première écoute, car ce qu’on entend ne ressemble pas vraiment à ce que l’on a l’habitude d’entendre.
Dans le même style, il y les feats avec le groupe suédois Little Dragon qui permettent de faire la passerelle entre le rap et la musique électronique et qui sonnent terriblement actuels. Cela permet à Big Boi de se livrer et de se faire introspectif, racontant comment il a vécu une rupture ou la mort d’un proche. Dans ce cas-là, l’atmosphère devient plus sombre et plus personnelle. On le sent presque vulnérable comme lorsqu’il raconte comment l’industrie musicale le tient éloigné de la mère de ses enfants (le très beau She Hates Me avec Kid Cudi). Si surprenant que soit le résultat, il est clairement agréable. Bon, on aime aussi les sons South plus classiques comme In The A featuring T.I. et Ludacris qui résonne comme une déclaration d’amour envers Atlanta, ou Gossip avec UGK et Big K.R.I.T., un titre à la fois bounce et laidback.
Si ce disque n’est pas évident au départ, il mérite pourtant qu’on s’y attarde. Il n’est pas dans la tendance, mais il y a des expérimentations très intéressantes et surtout l’ATLien rappe direct et précis.
Publié le 14/01/2013
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Big Boi CD album | Universal | décembre 2012 à partir de : 7,96 €Sur le même thème :
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