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La BD numérique, ici et maintenant (7/8) : Interview Benoît Mouchart, directeur artistique du FIBD

Reportage

La BD numérique, ici et maintenant (7/8) : Interview Benoît Mouchart, directeur artistique du FIBD

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Directeur Artistique du Festival international d’Angoulême, auteurs de plusieurs essais sur la bande dessinée et sur ses grands maîtres ; Benoît Mouchart dans son dernier livre et pour la programmation du prochain Festival international,  se penche aujourd’hui sur la présence du numérique dans l’avenir de la bande dessinée.

 

1/ Ces dernières années, voire ces derniers mois les évolutions et projets liés au numériques apparaissent et s’intensifient. Comment perçois-tu l’arrivée du numérique dans la bande dessinée ?

Benoît Mouchart : Comme une possible alternative à la disparition des supports éphémères qu’étaient les journaux, qui ont disparu voilà une vingtaine d’années. Ce qu’il me frappe, c’est que souvent ce soit des initiatives d’auteurs ; ce sont les premiers à se dire qu’il y a là la possibilité d’expérimenter et de toucher un très large public. Le fait que la bande dessinée soit devenue une livre et ait définitivement quitté la presse a été une excellente chose pour sa reconnaissance culturelle, mais en revanche ça l’a probablement coupé d’un très grand public. Autrefois, il suffisait d’ouvrir un journal pour  tomber sur un strip de bande dessinée ; il y avait la possibilité, quand on était abonné à un journal comme Pilote de lire Astérix et de découvrir quelques pages plus loin Philémon ou Valérian.

Aujourd’hui, internet est une possibilité, parmi d’autres, de toucher un public non spécialisé. Cela va probablement aussi changer la manière de faire des auteurs, qui travaillent en solitaire, qui vont devoir de plus en plus travailler en équipe, ce qui n’est pas une mauvaise chose.

La forme va évoluer aussi, et peut-être que ce que nous allons avoir prochainement sur écran ne sera plus de la bande dessinée stricto sensu. Ce nouveau média ne correspondra plus à sa définition, qui repose sur la notion de séquence et de juxtaposition d’images… Sur écran, les modes de lecture s’approchent davantage du story-board que de la bande dessinée. Ce qui se rapproche le plus de la lecture sur écran, ce serait les mangas : une narration, une mise en scène avec une dilatation du temps.

Le livre n’est pas mort. Ce n’est pas le fait qu’un ouvrage soit une bande dessinée qui va motiver l’achat, mais son sujet, son traitement. On le voit bien avec des succès récents : Maus, Persepolis, La Guerre d’Alan, les albums de Joe Sacco, Étienne Davodeau, Guy Delisle… On voit que ce sont des livres qui ont touché un public qui n’était pas nécessairement bédéphile ; et ce n’est pas parce que c’était des bandes dessinées qu’ils sont devenus des succès, mais bien parce que leurs sujets et leurs traitements étaient intéressants.

À ce titre-là, la bande dessinée est vraiment rentrée dans le monde de la librairie et de l’édition généraliste. Nous sommes peut-être sortis d’un système où l’on achetait le énième album de « telle série » parce qu’on était content de retrouver ses personnages. Le modèle des séries est resté pendant de nombreuses années le modèle dominant, suite à l’héritage du feuilleton dans la presse. Mais on observe un affaiblissement du standard de l’album franco-belge au profit d’autres formats.

 

2/ Le numérique a-t-il sa place dans le médium bande dessinée ou est-ce autre chose ? Est-ce que c’est important de souligner cette mutation ?

B.M. : Cette question n’intéresse pas le grand public. C’est un sujet d’étude pour les spécialistes qui aiment définir les formes… Il y aura sans doute autant de différence entre une bande dessinée sur écran et un album qu’entre un film et une série télé ou un film et une pièce de théâtre.

L’écran et l’imprimé sont deux supports, donc deux modes de distribution différents. Il y aura à la fois des conventions narratives nouvelles. Ce qu’a développé Balak avec le turbomédia offre une possibilité inédite.

Grâce à l’écran, il est possible de revenir à des formes qui n’existent plus : les multiples possibilités de lectures du livre de Jason Shiga, Vanille ou chocolat, en est un exemple. L’Oubapo devrait investir beaucoup plus qu’elle ne le fait l’écran et internet. On pourrait très bien avoir des histoires sous forme de jackpot, avec des strips qui se forment au hasard. Il y a des tas de possibilités et peut être qu’il va exister une forme entre la bande dessinée, le dessin animé, le jeu vidéo qui sera un nouveau média.

Les digital natives, les enfants qui sont nés avec l’écran, se moquent totalement que Spider-Man, créé en 1962 par Steve Ditko et Stan Lee, soit un comics book, ils sont tout simplement passionnés par les aventures de ce héros. La question de savoir quel acteur jouera bientôt Spider-Man, les intéresse davantage que de savoir qui le dessine. C’est dommage. Je ne veux pas dire par là que la bande dessinée va disparaître, mais cette forme de bande dessinée numérique va forcément avoir une incidence indirecte sur ce qu’est la bande dessinée. En réaction, la bande dessinée va devoir développer sa spécificité propre si elle veut rester dans le domaine du livre. Y compris dans la manière dont les livres sont fabriqués, maquettés, il y a tout un travail – qui est déjà en cours chez plusieurs éditeurs - de réflexion sur l’objet.

Les projets numériques d’avenir sont des projets qui seront conçus uniquement pour l’écran. Ce que je crains un peu dans ce que je vois en ce moment – et j’ai vu de très beaux projets - c’est que ce sont des projets très intéressants, mais on sent trop souvent que la finalité reste la publication papier. Or, il faudrait arriver à des projets conçus uniquement pour l’écran. Mais les modèles économiques n’existent pas encore, on est encore dans la science-fiction dans ce domaine. Ce que je trouve étonnant, c’est qu’il n’y ait pas plus d’investissements dans ce domaine et que ce soit les auteurs qui s’auto-publient. En même temps, si on regarde l’histoire de la bande dessinée ce sont souvent les auteurs qui initient de nouveaux projets (Pilote, Métal Hurlant, Charlie, L’Association…). Mais c’est normal parce qu’ils sont en première ligne confrontés à l’expérimentation formelle.

La bande dessinée papier n’est pas condamnée, mais va-t-elle perdurer sous sa forme actuelle ? J’en doute : elle doit s’engager dans une profonde réforme. L’arrivée du numérique va vraiment susciter la création de nouveaux mouvements artistiques.

 

3/ Dans tes lectures, tes recherches, quels sont les projets, les auteurs (à travers leurs blogs, sites, etc…)  à surveiller dans ce domaine ?

B.M. : En particulier Pr cyclope, La Revue Dessinée, BD Nag, Mauvais Esprit qui seront tous invités pour des tables rondes sur le numérique en janvier.

Il y a peu de blogs qui me font rire, mais j’aime beaucoup celui de Marion Montaigne, celui de Pochep ou encore Boulet. Il y en a d’autres, mais en général, comme en bd ou en littérature, je ne suis pas fan des gens qui me racontent leur vie sous l’angle de la médiocrité du quotidien. Ça ne m’intéresse pas.

  

4/ Le numérique est un territoire nouveau, tant pour le médium que pour son économie, peu d’éditeur se sont lancé sur ce sujet et ce sont des collectifs, des auteurs qui émergent sur cette terre en friche. Comment le perçois-tu à la veille de la  40ème édition du festival ?

B.M. : Déjà, il y a l’application du Festival qui est sortie qui comportera, en plus des albums de la Compétition officielle (avec la possibilité de lires les premières pages de tous les albums, de consulter le palmarès) : les expositions, le programme heure par heure, des bonus inédits, les infos pratiques, un plan interactif, un fil d’actualité en direct, la liste des auteurs présents, … La liste est encore longue.

Tous les jours, il y aura des rencontres autour du numérique. Les quatre projets cités plus haut, mais aussi deux grandes questions « Narrations numériques : quels sont les modes et les usages de la bande dessinée numérique de création ? » et la seconde portera sur la question de ces auteurs qui portent tout seuls ces projets sans se faire aider et qui osent.

Les années qui viennent s’annoncent passionnantes : nous allons voir émerger de nouveaux médias et de nouvelles approches de la bande dessinée. C’est un moment mouvementé, mais il est passionnant à vivre !

 

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Publié le 14/01/2013

Tags : bande dessinée témoignage benoît mouchard hergé bd numérique la bd numérique ici et maintenant interview bd bd classique livre numérique fibd 2013 festival international de la bande dessinée angoulême 2013 belles lettres archimbaud de la bande dessinée au xxième siècle

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