Reportage
La BD numérique, ici et maintenant (5/8) : Interview de James à propos de Mauvais Esprit
En octobre dernier, une nouvelle revue d’humour a vue le jour sur la toile : Mauvais Esprit. À l’origine de ce projet, un collectif d’auteurs passionnés par la bande dessinée d’humour et les formats courts. Une envie de faire un hebdo drôle et décalé. Au sommaire des futurs numéros on retrouve bon nombre d’auteurs que l’on adore dont les bandes apparaissent habituellement dans Alimentation générale, Jade, Fluide Glacial Psychopathe, … Pour en savoir plus, quelques jours avant le lancement nous sommes allés voir l’un des fondateurs du projet, James.
1/ Pas encore en ligne, mais très présente sur les réseaux sociaux, peux tu nous parler de cette nouvelle revue ?
James : Mauvais Esprit est la première revue de Bande Dessinée en ligne dédiée à l'humour, sous tous ses formats courts : cartoon, strip, histoire courte. Elle s'est montée autour d'un collectif d'auteurs au ton personnel, grinçants, loin des standards habituels, bref des auteurs tout simplement drôles. Nous avons cherché, nous n'avons pas trouvé mieux comme qualificatif.
Le numéro 1 de la revue est paru le mardi 23 octobre 2012 et les deux premiers numéros sont offerts aux lecteurs. On a opté pour ce choix afin que les lecteurs puissent découvrir à quoi ça ressemble et pour qu'ils aient ensuite, on l'espère, envie de s'abonner pour venir prendre leur dose d'humour hebdomadaire. La revue fonctionne sur abonnement, avec trois formules : l'achat au numéro, par lot de 4 numéros (soit grosso modo l'équivalent un mois) et par lot de 12 numéros (donc à peu près trois mois). Et pour les lecteurs qui découvriraient la revue un peu plus tard, il y a aussi la possibilité d'acheter les anciens numéros à l'unité. Mauvais Esprit parait donc tous les mardis.
2/ Revue d’humour, de formats courts, de strips ; comment avez vous conçu cette revue ? Pensé son modèle économique ?
James : Le développement de la lecture dématérialisée, l'impasse dans laquelle se trouvent depuis des années les négociations sur les droits numériques avec les éditeurs et l'absence de propositions d'expériences numériques nous ont décidé à nous prendre en main sur ce terrain.
Notre envie première a été d'emblée de faire une revue de format court d'humour. A titre personnel, j'ai une réelle passion pour les strips et les cartoons en tant que lecteur. Ce qu'on y raconte est vraiment spécifique à ces formats et ne peut pas être raconté différemment, contrairement aux récits qui peuvent être portés aussi bien par des mots, des dessins ou des images animées. Et il s'avère également que ces petites séquences dessinées ont le format idéal pour la lecture sur écran. C'était une évidence de partir sur cette piste.
De notre expérience d'internet, notamment à travers l'animation d'un blog et l'utilisation des réseaux sociaux, nous pensons qu'il faut avoir une présence régulière, en donnant un rendez-vous stable aux lecteurs, et avec une fréquence assez courte. Le rythme hebdomadaire nous a semblé être le bon compromis entre le temps nécessaire de notre côté pour produire du contenu inédit et l'attente des lecteurs. Le format court choisi imposait également un rythme de publication assez rapproché.
Une fois le concept posé et validé avec Boris Mirroir, avec qui j'avais monté le blog Ottoprod en 2005 et réalisé quelques livres en commun, nous avons décidé de contacter des auteurs dont nous étions avant tout lecteurs et amateurs et que nous savions fiables. Quitte a monter une revue drôle, autant faire appel à des auteurs qui nous font rire au premier chef. Nous avons donc sondés des auteurs que nous connaissions à travers notre parcours professionnel, pour la plupart chez 6 pieds sous terre – une des rares maisons d'édition indé à oser faire de l'humour - que ce soit des auteurs historiques de la maison ou des auteurs que nous avions fait participer à la revue Jade (pour laquelle nous travaillons également) et également chez Fluide Glacial. Comme le projet était un pari, il était impératif qu'il y ait un respect et une relation de confiance réciproques. Chaque auteur a été particulièrement enthousiaste de tenter l'expérience et nous n'avons essuyé que très peu de refus.
Au moment de l'initiation du projet, deux options s'offraient à nous : soit monter un projet clé en main et le proposer à un éditeur, soit nous autoproduire. La première était la plus confortable d'un point de vue rémunération, mais après avoir sondé les premiers auteurs impliqués dans le projet, l'option 2 a été choisie unanimement. Il faut dire que les auteurs contactés pour la revue, ainsi que Boris Mirroir et moi-même, viennent de l'édition indé, et ont même été pour certains à la source de son éclosion comme Guillaume Bouzard ou Guillaume Guerse (cofondateur des Requins Marteaux). Et comme par ailleurs cela fait 10 ans que nous maîtrisons l'outil web au quotidien, nous pensons avoir les capacités de nous débrouiller seuls. Nous ne cherchions pas à avoir d'investisseurs qui auraient demandé une rentabilité rapide de l'entreprise ou nous endetter outre mesure.
Notre ambition est de trouver une manière de faire de la bande dessinée numérique, de façon viable pour les auteurs et confortable pour les lecteurs. C'est pourquoi la revue sera sur abonnement, pour qu'on essaie d'en vivre un peu, mais avec un prix plus qu'abordable. Le prix d'un numéro démarre à 75 centimes, dans le cadre d'un abonnement de 12 semaines. Difficile de trouver aujourd'hui quelque chose qui peut procurer un moment de plaisir à ce prix là, non ?
3/ Au delà de la lecture sur écran, quelles sont les spécificité liées au numérique ?
James : La principale spécificité liée au numérique est le lien direct entre nous et les lecteurs. Il n'y a plus tous ces intermédiaires, qui peuvent alourdir le process. Et cette souplesse permet d'être en prise directe avec le présent, le réel. Les auteurs auront la liberté de réagir à l'actualité s'ils le souhaitent, il y a des rubriques prévues pour ça, tant que ça reste dans la ligne éditoriale de Mauvais Esprit : du format court drôle.
Pour le reste, nous sommes des auteurs de bande dessinée, et nous voulons nous concentrer dans un premier temps sur notre savoir-faire, à savoir créer de la bonne bande dessinée autant que possible. On tient avant tout à privilégier le contenu avant de jouer avec des gadgets technologiques. Le fameux « turbomédia » par exemple, chose qu'on savait déjà faire sous flash il y a 10 ans avec Boris, ne se prête pas spécialement au format court, mais davantage aux récits plus longs. On ne s'interdit pas bien entendu de faire évoluer la revue en intégrant de nouvelles façons de raconter. C'est tout l'intérêt d'un hebdomadaire qui peut muter progressivement au fil du temps. Pour l'instant, on a opté pour une approche simple pour les lecteurs, avec une lecture verticale, héritée des blogs et des sites d'info. Elle nous semble la plus naturelle sur écran puisqu'on lit davantage de haut en bas que de droite à gauche. Les strips qui sont d'ordinaire publiés en bande sur papier sont donc pensés en colonnes et ça marche ainsi beaucoup mieux à l'écran pour les chutes.
4/ Quel sera le vrai plus pour les lecteurs (au delà des planches de nos auteurs préférés) ?
James : Le vrai plus pour les lecteurs, c'est la certitude d'avoir tous les mardis leur dose d'humour, pour accompagner la pause café par exemple. Le contrat de base qu'on passe avec nos abonnés est qu'ils auront chaque semaine au minimum douze rubriques, animées par des auteurs récurrents, offrant ainsi une palette de style d'humour qu'il soit ironique, cynique, noir, absurde, décalé, etc. A ces douze rubriques viendront s'ajouter des bonus ponctuels plus informels par rapport aux séries présentées, pour apporter des surprises supplémentaires, comme c'est le cas dès le numéro 3.
5/ Avec Boris Mirroir, tu vas animer la revue ; qu’est ce que cela fait de devenir rédacteur en chef ? Est ce que cela clôt un chapitre suite aux faux magazines et pastiches de revues de James et la tête X dans Jade et sur votre blog ?
James : Je suis effectivement devenu rédacteur en chef, je m'occupe de l'animation de l'équipe d'auteurs et de la communication, mais les décisions éditoriales se font ensemble avec Boris, qui de son côté s'occupe de la direction artistique et de la partie technique.
Mauvais Esprit est la concrétisation d'un parcours de quelques années sur internet.
Ottoprod Inc. est à l'origine un pseudo label que nous avons créé, Boris Mirroir et moi, en lançant le blog « les mauvaises humeurs de James et la Tête X » en janvier 2005. Ce blog nous servait de défouloir et nous permettait de traiter du milieu et des acteurs de la bande dessinée avec un regard légèrement ironique. Il a eu un petit succès d'estime à l'époque et nous a ouvert les portes de maisons d'éditions, nous permettant de faire quelques livres par la suite. L'activité du blog s'est quelque peu ralentie depuis, notamment parce que nous avions fait un peu le tour de la thématique de départ. On allait finir par tourner en rond. Après ces années d'expériences sur internet, nous avions toujours envie de concrétiser cette première impulsion en un véritable projet éditorial. Ottoprod Inc. est donc naturellement devenue la raison sociale de l'entreprise éditant Mauvais Esprit. Une façon de boucler la boucle.
Nous nous sommes associés à la librairie Comic Strips Café. Je connais bien son gérant, Laurent Parez, qui est mon libraire à Antibes et qui est également un ami. Il peut notamment nous apporter son expérience de gestion d'entreprise. Et nous voulions associer des libraires à ce projet, parce que certains nous soutiennent depuis des années, parce que nous restons viscéralement attachés à l'objet livre, et pour bien faire comprendre que notre démarche n'est pas concurrente de la leur. Mauvais Esprit est une revue numérique et non un livre numérique. La nuance est de taille. Comme toute revue papier, elle n'est pas concurrente du livre, elle en est complémentaire.
Vous savez ce qu’il vous reste à faire chaque mardi ! D'ailleurs aujourd'hui sort déjà le numéro #6 avec un bonus signé
Dubuisson et Soulcié et on me signale dans l'oreillette que les 2 premiers numéros sont toujours gratuits pour jeter un coup d’œil ! Foncez !
Publié le 27/11/2012
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