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La BD numérique, ici et maintenant (3/8) : Interview de Pierre-Yves Gabrion à propos de BD Nag

Reportage

La BD numérique, ici et maintenant (3/8) : Interview de Pierre-Yves Gabrion à propos de BD Nag

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Avec BD Nag, il inaugurait en janvier dernier un magazine d’un genre nouveau : un magazine spécialement conçu pour le format numérique. Ergonomie, histoires, format, tous à été pensé pour que les lecteurs puissent apprécier leurs bandes dessinées et que les auteurs s’approprient les codes de ce nouveau format. Après deux numéros, nous sommes allé interroger Pierre-Yves Gabrion pour qu’il nous dise où en est ce projet.

1/ Avec ses bandes dessinées conçues spécialement pour le format tablette, le magazine BD Nag est l’un des pionniers dans l’univers de la bande dessinée numérique. Comment est venue cette idée ?

Pierre-Yves Gabrion : Dès l'apparition des tout premiers iPhones sur le marché des téléphones portables en 2007, j'ai compris que quelque chose d'important était en train de se produire. Ce gadget pour "bobos" avec un grand écran tactile auquel peu de personnes croyaient au départ, s'est finalement imposé aujourd'hui comme une norme mondiale dans la téléphonie mobile, et tous les fabricants de smartphone s'y sont mis.
Ce concept et cet écran m'ont immédiatement attiré. J'y ai vu un véritable nouveau support pour des dessins et de la BD et j'ai commencé à réfléchir sur la manière dont on pourrait l'utiliser. Étant à la fois auteur d'albums de BD et storyboarder dans le dessin animé, j'ai vite été persuadé qu'il fallait absolument créer un mode narratif spécifique pour ce média. Tout devait être ré-inventé, un nouveau genre hybride de BD pouvait en émerger et ça m'a immédiatement passionné.
Malheureusement, les éditeurs traditionnels avec qui j'évoquais cette perpective n'ont guère partagé cet enthousiasme. Ils ne pensaient qu'à optimiser leur catalogue papier en se contentant de réaliser des adaptations plus ou moins pertinentes de leurs albums déjà parus.
Et lorsque les iPad sont apparus, ce fut le déclic. Je me suis alors lancé dans l'aventure avec quelques "fous" qui, comme moi, croyaient à de la création véritablement originale pour ces nouveaux médias.


2/ Aujourd’hui, on voit se lancer et arriver plusieurs magazines numériques avec à leur tête des collectifs d’auteurs. Est-ce que cette nouvelle vague va aider le public à s’approprier ce nouveau format à ton avis ?

P.Y. Gabrion : Notre expérience et le succès que rencontre le BD NAG, présent sur l'AppStore depuis 8 mois, montrent que c'est déjà le cas. Cette nouvelle forme de narration aussi simple qu'un diaporama que nous appelons des Screen Comics (équivalent du "turbomédia" du dessinateur Balak) est d'un tel confort de lecture, d'une telle évidence que le public qui les découvre est immédiatement conquis. Sans aucun zoom, ni déplacement à effectuer dans l'image, le lecteur se trouve instantanément immergé dans l'histoire et n'a qu'à se laisser emporter par elle. Et comme, il garde en permanence la maîtrise de son temps de lecture, il y avance à son propre rythme.

De plus, les tests de lecture effectués au Japon cet été, nous ont confirmé que ce mode de lecture s'affranchissait des spécificités culturelles liées à la BD selon les pays. C'est une narration internationale qui combine les atouts du cinéma et du livre à condition qu'elle soit créée et pensée dès le début pour ces supports. Le travail sur les ellipses, entre et à l'intérieur des séquences de l'histoire, est fondamental et n'appartient qu'à ces nouveaux médias. Se contenter "d'adapter" simplement une BD existante par du case par case ne suffit pas, et cela ne marche pas, il faut véritablement tout re-créer !


3/ Avec un modèle gratuit avec publicités et un modèle payant ; BD Nag c’est aussi un nouveau modèle économique. Est-ce une formule qui fonctionne ?

P.Y. Gabrion : Là aussi, tout était à inventer et à expérimenter. Ce modèle peut marcher, mais dans notre cas il pose aujourd'hui un problème d'ordre éthique. Pour Apple, nous dépendons de leur régie publicitaire où n'avons aucun regard sur le choix qu'ils font et qui parfois nous met mal à l'aise. Avec le recul et après une sérieuse réflexion, nous avons donc décidé d'abandonner prochainement notre accord publicitaire avec eux. Nous sommes en train de mettre en place un autre modèle, plus basé sur une nouvelle forme de partenariat direct et original, lui aussi, que nous pourrions réellement maîtriser (on peut nous contacter).
Nous nous adressons principalement à un public d'enfants et cela implique une vraie responsabilité morale.


4/ Deux numéros de BD Nag sont sortis et tu prépares le troisième, après presque un an d’existence, quel est le 1er bilan ?

P.Y. Gabrion : Le bilan est extrêmement positif. Sorti dans la plus grande confidentialité, le BD Nag a eu dès le premier jour de son existence sur l'AppStore plus de 1000 chargements dans le monde entier (hors Europe) alors qu'il n'est disponible qu'en langue française. En 6 mois, uniquement par le bouche à oreille, nous avions atteint les 20 000 lecteurs et nos meilleures places attribuées dans les classements pour iPad ont été 2ème sur 230 applications BD et 7ème sur 39 000 applications Livres.
Pour les minuscules indépendants que nous sommes, sans aucun moyen financier ni aide institutionnelle, arriver à faire jeu égal et voire même passer devant les majors de l'édition BD est un succès que peu envisageaient. La preuve est faite que notre intuition et notre pari d'une véritable création originale et spécifique pour tous ces nouveaux supports étaient les bons.


5/ Ce magazine est plutôt orienté jeunesse et bande dessinée tout public, bien loin de la veine noire de tes précédents albums, envisages-tu un numéro ou un hors série plus adulte ?

P.Y. Gabrion : À chaque jour suffit sa peine !… Il y a tellement de choses à découvrir et à expérimenter avec le BD Nag que les journées de 24 heures me semblent trop souvent bien courtes. Et puis, dans ce monde devenu si anxiogène et si dur, me retrouver tous les jours à penser et à travailler dans la fraîcheur et l'innocence de la jeunesse est un luxe inouï ! L'énergie, la joie et la bonne humeur sont les meilleurs de tous les remèdes face à cette crise mondiale qui veut tous nous écraser… et j'espère que notre public le ressent également.


6/ Quelle est la suite du programme ?

P.Y. Gabrion : À l'occasion du festival d'Angoulême où nous serons présents fin janvier prochain, nous allons présenter une nouvelle formule du BD Nag qui va devenir une application unique, toujours gratuite, mais regroupant les numéros déjà sortis et grossissant régulièrement avec des mises à jour. De plus, les premiers "albums" complets seront enfin disponibles en applications séparées payantes sur l'AppStore.
Je profite de l'occasion pour rappeler que nous voulons établir avec le public une saine et franche relation commerciale. À l'instar des paysans qui ont su créer les AMAP, nous tentons de mettre en place un véritable "commerce culturel équitable". Étant en micro structure totalement auto financée et donc n'ayant ni intermédiaires superflus, ni actionnaires à rétribuer, les prix de ces applications seront toujours calculés au plus juste. De plus, les lecteurs doivent savoir que sur chaque euro versé, la moitié reviendra directement et réellement aux auteurs. Ainsi, à leur manière, ils contribueront à soutenir véritablement la création libre et indépendante et nous permettront de continuer à vivre de notre passion. Nous faisons le premier pas en leur offrant notre création avec le magazine, c'est le pari de l'intelligence et du coeur contre celui de la cupidité qui règne actuellement sur le monde.
Un autre pari fou, mais ce n'est pas le premier que nous tentons...


Et si nous terminions sur un petit scoop, pour finir ? : « Nous passons à une nouvelle étape plus rapidement que prévu en élargissant dès aujourd'hui notre visibilité. En effet, suite à de nombreuses demandes d'un public frustré d'entendre parler du magazine, mais qui ne possède ni iPhone, ni Ipod, ni Ipad, une version Web de cette prochaine formule est d'ores et déjà accessible à tous, gratuitement et sans abonnement sur le site  http://www.bdnag.com »

 

Publié le 13/11/2012

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