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Ce que le vent apporte, le souffle glacé de l'Histoire

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Ce que le vent apporte, le souffle glacé de l'Histoire

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Sur la couverture, nulle présence humaine ou animale. Seuls trois bouleaux, les troncs plantés dans la neige et  les branches soumises au vent sibérien, se détachent sur un ciel lourd de nuage au cœur d’une danse de flocons de neige épais. Sous l’effet du vent, les dernières feuilles résistent puis, emportées, se mêlent aux flocons impétueux, ballottées, entraînées, comme annonciatrices des bouleversements humains que la grande Histoire ne manque jamais de charrier dans son cours.

En 1916, pour échapper à la police politique tsariste, un jeune moscovite étudiant en médecine, pacifiste et politiquement engagé, accepte la direction exilée d’un hôpital de campagne au nord de l’Oural. Cet hôpital, il le découvre à la tombée de la nuit, ébauche de modernité enchâssée dans son écrin de bouleaux, de silence, de vent, de neige épaisse, de maisons rustres et de villageois qui ne le sont pas moins. Sa fonction improvisée de directeur et ses maigres connaissances médicales pratiques, lui semblent rapidement n’être qu’un fragile radeau des Lumières dérivant sur le quotidien de cette population rurale traditionnelle et quasi autarcique, aux esprits embués de superstitions et d’a priori. Ces aprioris, il lui faudra les dépasser à défaut de les battre ; puiser au fond de son être des capacités professionnelles et personnelles insoupçonnées pour trouver une place dans cette vie inconnue. Une vie que son prédécesseur perdit mystérieusement au cœur de la forêt hivernale, un soir de tempête. Déchiqueté par les griffes de la Bête.

C’est en 1998, avec Sang de banlieue publié aux éditions Bethy, que Jaime Martin fit son entrée sur le marché francophone après avoir longuement affuté son trait dans les pages de la revue espagnole El Vibora. Son graphisme nerveux, alors tout de noir et blanc, excellait à décrire une Espagne post franquiste dans un récit aux préoccupations socio-contemporaines. Dix ans plus tard, son second franchissement des Pyrénées avec Ce que le vent apporte, dévoile au lectorat francophone un auteur désormais accompli. Tous les éléments constitutifs de ce nouveau récit, historique cette fois (antérieur à la publication de Toute la poussière du chemin) sont maîtrisés et renforcent la crédibilité du lieu et de l’époque ; de l’écriture au rythme des séquences, du trait au découpage, de l’équilibre des masses noir/blanc jusqu’à la mise en couleur dont Martin fait un outil narratif essentiel. A ce sujet, la scène d’ouverture - la mort violente du vieux médecin - en est une illustration simple et efficace. La couleur, habille le récit d’un voile intimiste et traduit avec délicatesse les ambiances, oscillant entre action et contemplation. Les gris colorés et la dominante bleue des scènes extérieures, ainsi que les arbres illustrant la couverture de l’ouvrage, ne sont pas sans rappeler les choix de Bruegel l’ancien dans L’adoration des mages dans un paysage d’hiver ou Les chasseurs dans la neige.

Ce que le vent apporte répond aux codes littéraires du roman d’apprentissage, et découvre une partie du chemin  qu’emprunte le jeune homme à la découverte d’un monde étrange et étranger. Un monde pour lequel l’unijambiste sorcière Baba Yaga, mangeuse d’enfants et personnage  légendaire raillé des moscovites, s’avère bien réelle dans les propos et  les croyances des habitants du village. Un monde dans lequel la brutalité des relations entre les individus entraine l’un des deux assistants du directeur dans une autodestruction que cet homme, lui aussi en décalage, juge salutaire. Un monde où les médecins sont surnommés « tue-la-santé » et où les représentants de l’autorité du Tsar ne posent jamais les pieds. Un monde brutal et intolérant où les arbres nus et droits de la forêt immense se dressent comme autant de baïonnettes et de fourches à la fois ; sorte de parabole du choc révolutionnaire imminent et de la guerre civile où baïonnette politique et fourche religieuse s’entredéchireront. Un monde voué au déclin et à l’abîme. Un monde pour le moment encore isolé, où les morts mystérieuses et  violentes échauffent les esprits, avivent les ressentiments et nourrissent les peurs profondes des villageois. Dans cet huis clos aux accents fantastiques,  l’hiver apporte avec lui le sommeil de la raison et la mort. Un sommeil dont notre jeune médecin devra s’extraire s’il veut tenter de mettre fin aux exactions de la Bête.

 

Publié le 04/12/2012

Tags : roman graphique bd bande dessinée jaime martin dupuis moscou russie polar médecine histoire aire libre

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Ce que le vent apporte

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Sang de banlieue

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